" MA DESTINEE "

C'est ainsi que Victor Hugo avait nommé ce Dessin, celui d'une Vague émouvante de réalisme et aux formes imposantes, aux galbes chaotiques dans un déferlement menaçant et meurtrier fait d'ombres et de probables sinistres... Il y a dans cette esquisse, ce tableau toute la force de l'ellipse, de l'incessant mouvement de la vie et la puissance des éléments qu'une une énergie infinie ordonne et orchestre. La lame est altière, rebelle, farouche et lumineuse, révélée ici dans l'absoluité de l'orbe. Le ciel est aux grains, instants obscurs et angoissants déclinés par le Poète épris de vérités et d'absolu. Symbiose recherchée de la lumière et de l'ombre dans une perspective symbolique et paradigmatique du cycle de l'existence et de la mort...  

" L'Homme Océan "...

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Ma Destinée
Plume et lavis d'encre brune, gouache, papier vélin
Source : Maison de Victor Hugo - Paris

 

 

 

Voici  quelques extraits de l'œuvre de Victor Hugo, dans lesquelles l'océan sert de support métaphysique, de métaphore, ou est un élément de la nature à laquelle il va s'identifier :

 

Seul et triste au milieu des chants des matelots,
Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots,
S'ouvrant et se fermant comme autant de narines,
Mêlent au vent des cieux mille haleines marines,
Où l'on entend dans l'air d'ineffables échos
Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux,
Ainsi je songe! - à vous, enfants, maisons, famille,
A la table qui rit, au foyer qui pétille,
A tous les soins pieux que répandent sur vous
Votre mère si tendre et votre aïeul si doux!
Et tandis qu'à mes pieds s'étend, couvert de voiles,
Le limpide océan, ce miroir des étoiles,
Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux
De l'infini des mers à l'infini des cieux,
Moi, rêvant à vous seuls, je contemple et je sonde
L'amour que j'ai pour vous dans mon âme profonde,
Amour doux et puissant qui toujours m'est resté.
Et cette grande mer est petite à côté!

 

(Extrait de " A des oiseaux envolés " - Ecrit en juillet 1837, à Fécamp..
Publié dans " Les voix intérieures ")

 



L'océan resplendit sous sa vaste nuée.
L'onde, de son combat sans fin exténuée,
S'assoupit, et, laissant l'écueil se reposer,
Fait de toute la rive un immense baiser.

 

(Extrait d' " Eclaircie " publié dans " Les contemplations ".
Marqué par la mort de sa fille Léopoldine, l'écrivain engagé et exilé à Jersey commence son poème par cette analogie avec l'océan pour parler ensuite de ses déchirements et de son apaisement)

 

Les langues sont comme la mer,

elles oscillent sans cesse.

À certains temps, elles quittent un rivage

du monde de la pensée

et envahissent un autre.

Tout ce que leur flot déserte

ainsi sèche et s'efface du sol.

C'est de cette même façon

que des idées s'éteignent,

que des mots s'en vont.

 

(Extrait de la préface de " Cromwell ")