Extraits tirés du très beau livre de Julio Villar Gurruchaga : UN MILLION D' ÉTOILES , les Cahiers d'un Navigateur Solitaire aux Éditions Arthaud, 1974, pages 232 et 233.

 

"... La coque de mon bateau frappe les lames et glisse le long de leur pentes. Mon mât et mes voiles vont contre le vent, le prenant ainsi à revers. Mais sans acrimonie ; d'accord avec les battements de mon cœur. Si je me mets à écouter les deux en même temps, ils me diront les mêmes choses. Le temps ne fait pas de bruit. Nul fracas au milieu de l'Atlantique. Rien que l'éternité, le rythme cardiaque, la ballade de la mer.

 

Dans ce silence, je sens la vie, et j'aime ce silence. Il ne me fait pas peur. Il est aussi intense que la vie elle-même, aussi intense que la mort, et il me fait penser à cette mort avec affection et tendresse.

 

Le silence se confond avec le temps. Et le temps, le silence, la vie, la mort sont les vérités qui m'entourent.

 

Depuis des semaines et des semaines je n'ai rien entendu. Seulement les battements de mon cœur si je mets le doigt sur mon pouls ; ou si je dresse l 'oreille et prête attention, mon bateau fendant la mer et remontant l 'Atlantique .

 

Pendant des semaines et des semaines je n'ai rien entendu , sauf deux oiseaux stridulants, un troupeau de Cachalots causant entre eux, et un cargo qui laissait échapper le bruit sourd de ses machines.

 

J'aime ce silence si prolongé. Ces quelques sons espacés par des semaines lui donnent une nouvelle valeur. Si tout à coup, en ce moment, je me trouvais transporté dans une ville, je deviendrais  fou rien qu'à cause du bruit, des machines trépidantes, du hallali des autos, des mille voix et DÉFENSES DE, des cris et des courses et des insultes et des jacassements dénués de sens ... "

 

Julio Villar Gurruchaga

.

 

albatros_a_sourcils_noirs_en_vol