Remercier tous les Visiteurs, Internautes, Surfeurs de surcroît qui viennent nombreux et très régulièrement me rendre visite sur cet espace et ce Site/BLOG...

Depuis un petit peu plus d'un an, vous avez été très nombreux à en découvrir les contenus. Le but de cet espace personnel n'est pas de réaliser un audit, un site complet, mais davantage de retranscrire un Journal, un témoignage, celui d'une relation, d'une histoire vécue avec la mer avec son lot de joies et de tourments, d'espérances.

Diaporamas photos, vidéos, textes et poésies, réflexions, savoirs humbles et modestes, colères, aventures et fortunes de mer, récits, nature et environnements, météo, traditions populaires,  etc...constituent les mailles d'un immense filet, de la trame universelle inépuisable des flots !

C'est aussi en découvrant les aspirations de chacun que j'étoffe un peu chaque jour cet admirable monde d'ouverture et de partage que sont la mer et ses rivages.

Pour la circonstance, je vous fait part d'un très beau texte, profond et sensible d'un Auteur découvert sur le Web, au hasard de l'errance virtuelle, un jour de calme...

Merci à Vdk, à Marco B, à Jean-Jacques, à Emmila, pour leurs prises de vues et leurs très belles photos réalisées sur cette Île de Corse sublime de beautés


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Le pincement des anges

 

Tu colles des timbres sur les mouettes, des baisers en très nombreuses petites moitiés. Tu cours vers la mer et tu les éparpilles, au milieu des cris en désordre, Tu cours les battements d'ailes de ta peau. Tu cours la chaleur des tuiles sous les pattes des chats qui s'aiment sur le toit. Ton corps s'élève en corniche, la lumière verse ta peau sur l'eau, cambre tes couleurs en arche nue et tu pleus sur le sable.
Les deux chats ne savent plus descendre, la mémoire de leurs mouvements a oublié où l'un finit et où l'autre commence.
Sombres et trempées d'amour, leurs pupilles verticales prennent la mer en elles.

 Verte de frissons, l'eau se déhanche. Blanche de vent, elle laisse sa peau vivante s'éprendre de l'air. Le port respire en liesse. tous les morts vont à la mer.

 Sur la serrure du port, le gardien a laissé ce message.
"Vous allez frapper à la porte de l'eau. Il faut d'abord vous pétrir en forme de clé" Tu ris devant la ligne d'eau. Cela ne te concerne pas. Tu fais autrement, toi, tu ouvres les clés avec les serrures et non l'inverse.

 Tu souffles sur la chaleur de l'eau.
Le soleil écarte les lèvres de ta vie. Son cercle s'incline. Tu sais marcher penché, c'est toi qui tiens les maisons des ruelles, la nuit, avec tes épaules. Tu es cette longue rue qui mène au port, ce ventre pavé. Tu couves les lames des couteaux et tu tresses des rubans d'or autour des caniveaux qui rêvent. Chaque Noël, tu accroches des plumes aux grand sapin qui regarde la mer, tu veux qu'il s'envole.
Tu ris ta foudre animée, scande ta langue en prière. En toi, l'aube salée dresse des opéras de varech, creuse des cercles à danser des tarentelles d'écume. Sur toi, les effleurements de l'air sentent l'intérieur de rocher, tu écoutes ses grains de pierre mouillés lécher ton oreille. Des enfants se retournent dans les pierres. Ils sont les
ancêtres du gardien de l'eau, la source montante de la lumière des phares. Hérissé de mats de bateaux, tu harponnes le ciel. Les mâts sont les antennes à ériger la mer, les mains levées des rêves.

 "Vous devez questionner trois réponses, avant de passer", reprend le gardien. Poussés dans l'eau, ses derniers mots rient en bulles au bout de tes bras.

 Tu marches au milieu d'un cimetière de klaxons, renverse la tablée des claquements clignotants des voiles. Du haut des vigies érectiles, du sommet des tiges blanches plantées dans l'eau mûre, tu passes tes mains sur le port, caresse la ville entière dans le sens de la lumière. Tu ne sais par quel prodige, mais du haut des mâts, tu vois le dessous du ventre des femmes. Leurs écailles ont des reflets d'étoile.
Maintenant, tu sais lire l'écriture du vent sur la mer.

 Il règne une drôle d'atmosphère maintenant, comme si le monde entier se souvenait de quelque chose en même temps.
Le gardien du port passe la tête hors de l'eau et explique "On appelle cela le pincement des anges".

 Alors, la nuit tombe sans se casser

 

 STEPHANE MELIADE


L_eau_et_l_Ocre