Temp_te__26

Îles Gavetti - Sud de Corse

Le froid est intense et le vent cingle à plus de 40 Nœuds... Du nid de ma solitude, je contemple la mer et je crains la tempête qui tire et pousse au large. En contrebas, l'homme a balafré les collines avec du papier argent, il les a plissées, déchirées plus encore, insultant la création, le temps et le regard de la terre aux vagues infinies... Je pose l'objectif de ma petite caméra vers Le Récif ; l'Atoll me parait si près, il n'est plus qu'un tapis immense de mousse et d'écume que le vent carde comme un écheveau de laine. J'ai froid, une envie irrésistible me pousse à me livrer aux flots et aux vagues tandis qu'en mon for intérieur, je demeure immobile, faible et vulnérable, saisi de tremblements, en proie à d'inutiles questionnements, à de dérisoires accès de conscience. L'heure et le jour ne seront pas au partage, le soleil et les ciels me manquent, l'eau bourbeuse a gagné les hauts fonds depuis le sablon qui me sert d'habitude de petit port et de tremplin vers le large. Ce tableau éteint, chaotique,  me rappelle ces estuaires que j'ai connus et sillonnés en Asie, en Afrique Noire ou ces eaux limoneuses que déversent les Oueds du Maroc dans l'océan de mon enfance, agrandissant l'erg de mes futures vieilles années.

Je sais que la Tramuntana s'installe pour plusieurs jours, surtout quand elle est accompagnée dans le Nord de l'Île d'une puissante BORA... Il neige sur le monde que la misère refroidit encore plus ...
Je serai là demain ou un autre jour, qu'importe, toujours ou jamais plus!  le souvenir et la mémoire voguent sur les lames promptes à oublier, à cacher la vie, à inventer le non-être des nouveaux jours. L'existence est une ellipse, quelques révolutions de la terre et puis s'en va !... Elle appareille comme un vaisseau vers la joie, l'oubli, la désespérance ; ô fortunes de mer !

  Qui apporte des quatre coins du monde tant de messages, chaque vague délivre son lot de joies et de peines que personne ne semble voir ni entendre, que les rues et les artères encombrées comme des torrents fous emportent... Il est des jours où toutes les couleurs meurent de faim et de solitude dans le lit des vents aveugles et glacés, sans autres espoirs que l'indifférence, le pèlerinage exigu de l'existence

 

2 Ecriture le 17.08.2011

Pinareddu_Grecale