Capu_Biancu_b


Il est tentant de partager avec les amoureux de la nature de belles vues d'une Île, que l'on garde si profondément dans son cœur... Je ne voudrais pas qu'elles tombent dans l'insignifiance des clichés - cartes postales qui font recettes l'été !
Nous sommes bien en Hiver, le froid est avec le vent du Nord, tout est désert, presque triste. A perte de vue l'homme s'est étendu, il conquiert, il balafre et défigure  les visages candides de la terre tournés vers la mer.

Avec mon appareil photo, je marche, je m'élève le plus possible sur les versants et je sélectionne les parcelles vierges de terre, de littoral afin d'éviter, là une construction au bord de la falaise de craie, ici une exploitation tentaculaire au milieu d'un magnifique maquis, plus à droite, une ligne à haute tension et un cortège d'antennes. A gauche, en contre bas, un Milliardaire a décapité une montagne pour y asseoir ses vieux jours, se reposer dans l'opulence et l'oubli des humbles qui ont bâti son empire !

Le Littoral s'en est allé, il abdique tous les jours, plage après plage ! les rochers côtoient le béton, l'aggloméré et autres matériaux très tendances, la terre ne parvient plus à regarder le large, à écouter le chant bleu et libre des flots.

Au hasard d'anciens sentiers muletiers traînent et rouillent de vieux engins mécaniques, des carcasses de voitures, des baraquements agricoles laids et abandonnés. Sur les plages, inaccessibles par la terre, tous les emballages de l'ère moderne imposent un étalage écœurant de poisons que la mer vomi et broie à chaque coup de vent.

Souillure

Le souci esthétique et la distinction de notables quelconques est une trahison, un anachronisme dans le paysage, qui ne se soucie guerre du temps des secrets, du chaos harmonieux et permanent de l'environnement... Entre les rochers des petites anses cachées, privatives et jalousement gardées dira-t-on, le mazout s'incruste régulièrement à la porte de propriétés gigantesques, indifférentes, qui bordent outrageusement un Littoral aveuglé pourtant placé sous surveillance.
Des murs d'enceintes horribles, élevés aux barbelés, lacèrent le rivage et dressent face à la mer de révoltantes différences.

Ce qui se passe au-delà importe si peu !

Le promeneur est un suspect que l'on regarde de travers derrière le prisme méprisant de la conquête et des privilèges !

Ici on ne pense pas la nature en terme de partage, d'universalité intemporelle. On l'appréhende et on la soumet aux ordres supérieurs de l'égoïté de passage, consommable et de la finance !

Ici, on arase la montagne, on plume les collines, on s'étend à perte de dollars à coups de dynamites et de pelleteuses Michigans. Dans le silence convenu, partageur des sommités et des élites hissées au hit parade des médias, on mite les tombants d'azur de " la plus proche des Îles lointaines ".
Entre les maladresses tentaculaires, mal intégrées d'un secteur productif disséminé et les caprices de l'oisiveté facile, la nature encaisse les coups de boutoirs d'un système déshumanisé, insensible et cruel.
Pendant ce temps, on prépare en coulisse d'autres lois de circonstances, dans on ne sait quelle urgence - la nature ne nous commande rien de tel - qui surseoiront aux postulats, aux délicieuses invites séculaires...

C'est ce que on appelle de façon évasive le progrès, l'évolution et le développement incontournables !

Mais on oublie de remarquer que l'homme est à la traîne des logiques qu'il met en œuvre !

Ces photos, ces paysages et ces panoramas seront un jours de vagues souvenirs d'îles et de terres authentiques.

La nature ! là n'est pas la préoccupation du décideur, du propriétaire de ces villas de luxe, de ces lotissements qui défigurent à tout jamais le visage d'une Île à la mer.

Il sera trop tard pour dire : " nous pouvions prévoir, le mal est fait, il ne fallait pas reproduire les erreurs commises ailleurs il y a plus de quarante ans,  etc.... " !

A_travers_le_Maquis_littoral