La mer est musicienne qui emplit l'univers comme la brise de printemps inonde un champs fleuri. Les musiques des hommes sont aussi une invitation aux voyages, un merveilleux sillage que laissent les fantaisies et le génie de l'âme dans l'immensité des jours.
Une Kora qui vibre de toutes ses cordes et s'emballe, des percussions effrénées, des voix chantées, portées au-dessus de la Canopée et c'est le grand départ vers l'enfance, la découverte, la magie de nos imprescriptibles et sublimes différences.

Je me suis éveillé au bord de l'Atlantique, au bout de ses longues vagues, j'ai  appris à lever les yeux au-delà des horizons, vers la diversité et le large.

J'ai respiré le vent et l'iode à l'étrave des bateaux et je me suis penché du haut de mes sept ans aux bords des mondes, en regardant la mousson. Là je me suis abreuvé à tous les sillons de l'imagination des hommes, j'ai dévalé les flancs et les coteaux fertiles de la différence.

J'ai aussi connu la détresse des sirènes de bateaux, le chant du départ, laissant derrière eux un port et des liens indéfectibles. Mais j'en suis sûr, la mer toujours nous rapprochera.

J'ai vécu la mer non pour détruire ni régner mais pour aimer, la main tendue de l'autre côté des flots.

J'ai abordé les rives du monde avec toute l'humilité et l'émerveillement candide d'un enfant.

Je me suis fait en passant les frontières, j'ai grandi  avec mes compagnons de destinées aujourd'hui disparus dans les horreurs de nos guerres.

J'ai écouté et dansé la musique du Monde, avant qu'elle ne fusionne avec la modernité, pour me rassurer et comprendre que l'émotion, l'amour et le partage sont sans frontières et hors du temps, universels.

Au bout de la fête, aux confins de la brousse, dans la nuit sombre parfois d'un jeune et long exil, de la jeunesse, j'ai partagé les saveurs, la musique, la mer et les grands espaces, l'amitié, la fraternité avec mes amis de couleurs.

Je me suis révélé, oint des flots chauds de l'Atlantique, de L'Océan Indien, du Golfe du Siam, de la Méditerranée, des estuaires, et des rivières dans l'espoir inassouvi de voir se lever le même soleil, de l'Orient vers l'Occident, afin qu'il brille pour tous les enfants du monde, dans l'allégresse à l'unisson de la musique proche ou lointaine de la mer.

Et c'est cette musique là que fredonne inlassablement l'océan, une symphonie admirable que composent les vagues bleues, qui vogue et qui dérive en louanges mélodieuses vers tous les possibles et toutes les invites généreuses des Peuples.

L'eau qui caresse la coque du voilier est un songe de harpe et le vent libre y joue des airs de flûtes de pan dans les œuvres vives et la mâture ailée.

les flots s'emballent à l'étrave du navire comme le percussionniste à la Darbouka et à l'aube d'une rencontre, la pluie tambourine les langueurs du Oud et du Bouzouki.

Les ailes des grands oiseaux qui croisent aux  large chuchotent aux solitaires et aux marins des songes d'Îles blanches élevés en forme de croissant et de lune.

Les rives d'une Île ont des parfums de guitares où s'égarent vers le large l'espérance des cœurs chantés en canons.

Les continents et les Îles lointaines élèvent encore les chants d'esclaves que la mer aura à jamais déplacés. Litanies toujours enracinées, voyageant d'incessants retours vers la Terre des ancêtres, à travers les solitudes immémorées de l'onde euphonique, la muse éternelle des hommes !

Puisse la mer et la musique s'unir, déferler sur la grande scène d'un monde tolérant et de partage, être aussi le plus beau vaisseau des hommes cinglant vers la reconquête de leurs merveilleuses humanités, là où nous aurions - un jour peut-être - si tendrement rêvé !


MARIN

2 ème Écriture le 14.08.2011

La_mer