La_mer_et_le_bois

Voici un Coffre- Banquette, réalisé entièrement avec du Bois Flotté  :
Châtaignier, Bois de Lentisque, de Hêtre, Exotique, Genévrier sec et Pin Làriciu constituent cet ensemble .

Assemblés, collés et chevillé mains

 

Vous trouverez les créations dans le Site:

 

MILEMA ARTE

 

REMARQUES

 

 

Article et texte revu et corrigé  le 14.07.201



Nous ne travaillons que les bois flottés et secs, ceux que  l'on trouve au terme de longues marches, de nos  navigations à bord d'une embarcation à pagaies. Aucune création ne saurait être présentée après en avoir acheté le bois. Quel non-sens !  Dans ce Site,  l'Esprit Nature veille. On y découvrira  toutes les inclinations qui s'y rattachent, fussent-elles contraignantes ; en effet, je réalise tout à la main, réduisant la machine à une unique  et vieille  ponceuse, pour les grandes surfaces à traiter.
Cette démarche est certes très  coûteuse en énergie, en fatigue, mais c'est là une voie précieuse, gratifiante pour le choeur de la Nature en beauté.

Nous vous présentons la

VOIE

MILEMA_ARTE

 

 

Une île montueuse, l'Île de Corse ! Sa  multitude de cours d'eau qui honorent une végétation abondante, tellement variée ! Les Anciens ne s'y trompaient pas, qui travaillaient le bois suivant scrupuleusement les cycles lunaires et les desseins de la forêt. Quant aux arbres, les saisons en exhortaient la vigueur, veillaient sur la coupe et les flux de sèves. Le bois accompagnait les hommes à travers les générations, réchauffaient les foyers jusque dans les cœurs ...

Les crues et les pluies nourries de l'automne et du printemps arrachent toujours à la Terre comme  à la mémoire de nombreux vestiges.
Les anciens moulins ont livré leurs secrets aux torrents ; les bois de Châtaignier qui dressaient les meules à la fenaison et qui clôturaient les champs jonchent les rives. Les vieux planchers livrent leurs derniers pas vers la mer tandis que de rustiques fenêtres, profondément ridées, burinées, se tournent encore vers les montagnes en lançant  un ultime regard,  empli de nostalgie et de mélancolie.
Les portes du passé se sont définitivement refermées  emprisonnant toutes les senteurs,  les éclats ocreux du vieux bois. Le fil se cache sous une couche grisâtre, encore écumeuse et salée, poussiéreuse ; témoignages chenus d'une nature prodigue que l'homme abandonne inexorablement...

C 'est le Bois Flotté !

Des arbres entiers déracinés, des troncs et des branches majestueuses vont et dérivent, oubliant  lentement sur l'onde et le flot, "  convoyeurs inlassables de victimes ", le bercement natal et  matriciel du vent, la brise et l'aure des vallées, des combes de hautes altitudes. 

Ils se posent définitivement sur les côtes, après avoir couru sur les brisées des tempêtes, des voiliers et du hasard.

Avec le soleil et les gelées, les écarts de températures deviennent redoutables. L'étreinte de l'eau est ainsi  permanente, dilatent le noble matériau. Les bois travaillent désormais seuls, contraints de ployer, de cintrer au gré des morsures conjuguées des éléments naturels, des blessures que leur infligent les rochers et les lames implacables.

Dépossédés de leur tanin, ils regorgent toutefois  et longtemps, dans une dernière agonie, de résine parfumée aux éclats d'ambre,  qui exsude aux fortes chaleurs. Et quand il ne s'agit point de résineux, ils exhalent des fragrances inconnues, épicées ou fruitées, réminiscences enfantines aux senteurs d'Orient...

La mer n'a jamais eu de frontières, de limite. Elle décline  indéfiniment ses florilèges de courbe, de galbes et d'éllypse telle  une invite aux délires et à la création. La mer, à la  fois énergie et beauté, revenues des  confins de la forme. La mer bouquetière et onirique.

Mille souvenirs d'arbres et de vagues porteuses peuplent les rivages. Je vois en eux,  inlassablement,  nos aînés bâtir de leurs mains calleuses d'artisans  et de laboureurs  une existence colorée et parfumée. Ces bois nous viennent des villages abandonnés, d'Afrique, d'Orient, des rives lointaines de la mer Méditerranée, du soleil, achevant dignement leurs périples, loin de la  modernité aseptisée et du formica ...

C'est au milieu de cette nature éminemment  îlienne, secrète et indomptée, que j'effleure ces  quelques songes. J'ose, je mise  parfois mes pensées  en risquant l'ellipse déjà révolue d'une courte vie.

C'est au pays du miel et de l'olivier, entre mers et montagnes, que s'ouvrent les cieux ultramarins, sidéraux, d'un temps qui ne compte déjà plus pour moi, que j'égrène au ciseau à bois et au rifloir.

Je vois, aux mille sources d'une île, fluer et se perdre l'espérance des lendemains  prodigues d'antan.

Une terre aux portes de l'abandon, de l'excroissance effrénée  des villes, rivée à l'orée d'un futur éphémère que l'on ne monnaie qu'au prix de la cupidité.

Une terre bradée, arrachée aux bras de  Mère-Nature, arasée dans la laideur des faubourgs et des incendies,  la négation de l'espace vierge, souverain, imprescriptible comme le Rivage. Le rivage ou le  pacte de la terre et de la mer scellées pour l'éternité, intouchable, inviolable !

Une terre dont l'aura marine semble  bénie des Dieux. Une île que la langueur des vagues enivre, envoûte, gagnant l'immense figement des sommets, des montagnes qui moutonnent dans les brumes.

Et de jeunes arbres calcinés ne cessent d'endeuiller la morne plaine.

Il y a en toute création un rêve d'enfant à dire à ses petits enfants afin qu'elle ne meurt pas, que l'ouvrage des mains continue de leur ouvrir les bras du coeur .

 

Cristian 

A mes Lointains  Petits Enfants 

Le 14.07.2019

 

(...)

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts

Devant l'Homme, debout, qui croise ses bras forts

Dans l'immense splendeur de la riche nature !

Il chante... et le bois chante, et le fleuve murmure

Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !...

- C'est la rédemption ! c'est l'amour ! c'est l'amour! (...)

 

SOLEIL ET CHAIR, III

ARTHUR RIMBAUD