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Comment sillonner les flots sans voir, sans aimer les oiseaux de mer qui dominent l'espace, le vide et les coups de vent avec autant d'aisance et de majesté ?

Je pense très sincèrement qu'ils perçoivent nos émotions, nos états d'âme et qu'ils s'invitent souvent, au large, afin de les partager et d'en accompagner les détours.

Les Puffins se montrent  très familiers, voir  hospitaliers quand ils sont de sortie en mer, loin de la côte, s'aventurant avec virtuosité. Orbes et ellipses n'ont plus de secrets  pour eux,  défient l'entendement. Je les observe attentivement. Ils me guident sur les voies osées du déséquilibre, de l'envol, de la navigation hauturière. Les puffins croisent à plusieurs encâblures du  rivage. Le moindre danger les éloignent. L'homme les inquiète, surtout de nos jours !

Les admirer, les contempler dans le jeu et l'exaltation du vol affranchi est pour moi une manne du Tout ...

Il arrive pafois  que certains oiseaux me suivent,  animent mon  sillage  ; vient alors l'intimité des longues distances ! Entre solitaires, on se retrouve pour communiquer, avec les gestes, un brin d'audace... Une complicité s'instaure entre nous dans la froidure grise et dépeuplée des tempêtes, d'un jour grimé, d'une emprise insupportable  que les étendues austères abolissent malgré tout, envers et contre tout... 

L'oiseau m'est ainsi  réconfort, présence, étincelle de vie au -dessus du gouffre, allégorie. Et même s'il s'avère d'aucun secours matériel en cas de fortune de mer, il œuvre peut-être et aussi  avec moi en traçant l'issue favorable d'une empreinte que l'océan étreint. Mêlons ensemble ces bribes d'existences évadées, la douce chaleur d'un échange, un songe "  existenciel " ...

Un battement d'ailes et c'est l'azur qui s'ouvre profondément, un voyage qui fredonne déjà le port lointain et la délivrance. L'oiseau s'éprend des rafales, suit sa route et son dessein  sans effort. Porté par le courant d'air, il double le cap hauturier et palpite aussi longtemps qu'un adieu au bout du môle.

Et quand il lance son cri de créature libre, lorsque  s'évanouissent ou reviennent les rivages qu'il égaie  de son trille joyeux,  un autre monde gagne le pèlerin, le voyageur, le marin rendu à bonne destination  avec félicité.

Je vogue sur l'azur et je ne vois qu'eux s'amusant et planant dans les cieux, croisant les zébrures du levant, par-delà les signes haubannés que le  soleil  couchant tisse.

Il me semble qu'ils n'aient de ciels que la mer infusée d'étoiles, fût-on  au zénith du soleil. Le vent frais comble  la mer de moutons blancs. Depuis les hauteurs, en prenant  de l'altitude, les vagues n'étendent-elles pas sur le grand lit des mers de merveilleuses étoffes lanugineuses qui plaisent aux oiseaux de mer ? Et je les vois fondre, dévaler les ciels, planer et raser le flot, virtuoses que l'Ether enivre ?

La nuit les réfugie vers les hautes falaises de craie redonnant aux immensités opaques la prégnance obscure et tonnante des profondeurs abyssales, de la mer et du ciel confondus dans l'éternité de la nuit sidérale... L'oiseau sur le ciel évoque le temps qui passe, la pérennité de la migration, l'au-delà !

Images de pureté emplies de légèreté, inaccessibles mirages, mi-ange ou esprit de l'onde, l'oiseau de mer apprivoise le chaos, dompte les dimensions amoindries du réel et de l'espace. Il hante les bords de l'abîme, la crête des vagues écumeuses,  loge au milieu de ces tombants accores que seul le vol autorise à la nichée. Ses balcons valent  mille horizons, le grand large,  la mer symphonique. Le puffin cendré vit de ses vertiges translucides, insatiable.

Grands oracles des océans, l'oiseau sent, sait le temps à venir. En lisant son vol, à ses retraites timorées vers la terre, à ces postures figées et accablées dans le vent, le marin entrevoit le coup de temps, la pluie et la marée, l'accalmie. Ils étaient de la marine à voile et du monde de la mer, à la source de l'adage et des dictons populaires. Le poète maudit ne s'était pas trompé; l'oiseau s'en souvient ! 

Mais on le voit aussi et malgré lui complice des pêcheurs, trahissant les bancs de poissons, révélant les chasses de prédateurs qui précipitent leurs proies à la surface vers d'autres chasseurs implacables dont il ignore les menées troubles.

Et sur le frêle esquif vélivole qui vole à la rcherche d'un pan d'harmonie, d'une rencontre, j'embarque tel Icare pour quelque  aventure ailée. Puissions-nous  préserver  précieusement  ce don du ciel ! 

La mer ondoie, comme exlatée. Et pour les êtres légers que les vents emportent telle  l'abeille sur le pistil que la brise délicatement dépose, alors qu'elle s'enivre de pollen et de printemps, volons ensemble sur un océan de fleurs marines

L'oiseau est pensée immaculée pour le chant général de la nature en beautés. Dessinons  ensemble  et sans fin le vaste ciel au-dessus de la mer, univers infini de libertés. Notre royaume s'élance quand toutes les terres habitées disparaissent, happées par  le vide et le monde silence merveilleusement habité

!

 

Marin,  pour les Oiseaux

2 ème Ecriture le 7.02.2012

3 ème Ecriture le .. /../....

4 ème Ecriture le .. / .. / ....