Alone_2

Une heure de marche sur un sentier pierreux, raviné par les derniers orages. Le maquis exhale abondamment le parfum des immortelles. L'été est bien là. La mer  bleu-roi  surgit du petit col qui relie les deux vallées. Son azur  profond distance les horizons du ciel et du grand large.
Nous faisons une rencontre étrange. Devant nous, un homme marche seul, pieds nus, dévale le sentier avec assurance, posant les pieds sur le granit anguleux et les arêtes coupantes. l'arène encore grossière forme un tapis de roches instables. Il connait le sentier,  recherche sûrement ce contact avec la terre, franc et sans concessions, cette proximité charnelle avec la glèbe que nos modes de vie modernes nous ont ravie.

Dans l'après-midi, il remontera la colline sur la terre brulante, après avoir communié avec l'énergie de ces lieux de solitude et de silence. J'ai un instant pensé qu'il s'agissait d'un Yogi, d'un être doué de facultés mentales hors du commun.
Sur la dune, les chardons bleus sont sur le point d'éclore. Limbes violacés que prolongent de redoutables épines ; il défendent ainsi  l'ultime floraison avant les morsures de l'été et les sécheresses de la dune. Toutes sortes d'insectes butinent, habitent ces corolles garnies de petits bourgeons prêts à s'ouvrir dans une harmonie de tons bleus.
La brise est tendre,  hâle le Sud-Ouest et la fraîcheur des vents soutenus des  derniers jours. Un oiseau migrateur s'accorde à plusieurs reprises l'étendue immense de la baie, goûtant à satiété l'écume odorante et brassée du ressac.
Alors une aile s'est élevée dans les airs, comme ivre  du  souffle de la vallée, volage et légère. Eût-elle séduit le zéphyr ! 
En ces lieux de nature sauvage, enfin préservée et protégée, la glisse prend enfin toute sa mesure, pactise avec les éléments ; l'aile frôle, rase  le sable, traverse un souvenir de bâtisses ancestrales. La roche est reine, sertie de moires marines féeriques.
Après quelques longs bords partagés avec le vent, un bruit assourdissant monte et gronde lourdement... Un tour d'horizon vers les cieux ne donne rien, la dune est toujours solitaire. Vers le large, une gerbe blanche s'élève de la proue d'un bateau à moteur. Il affiche, assène au calme la déraison et la pléthore de ses chevaux vapeur. Il  file,  sans destination précise, vomissant les volutes d'un gaz d'échappement nauséabond, dans l'albâtre des écumes et des  mousses sitôt  souillées.

Mon aile décline avec le vent chaud, devenu inconsistant. Je trace un dernier bord vers le rivage où un  torrent d'eau pure s'est perdu dans les sables, les congères sableuses  de l'hiver. Un petit bateau est au mouillage, son aspect est avenant et ses formes familières, une réplique des thoniers bretons.

Je découvre alors, avec stupéfaction, une rampe garnie de grosses cannes de pêche à la traîne,  côtoyant un pêcheur de gros, une espèce prolifique en quête de trophées, traquant au leurre et sans vergogne le dernier Espadon ou le Thon égaré aux portes du Parc Marin du Grand Sud d'une Île. Il me semble revivre le massacre des Éléphants d'Afrique, retourner au temps du casque colonial,  souillant de sang " les racines du ciel ", le pied triomphateur sur la proie....

J'ai observé ce matin, le marcheur aux pieds nus, cet homme qui perçoit le pouls de la terre, ressent déjà les frémissements de la mer dans la candeur unifiée des jours et des nuits d'été ;
Il ne s'impose pas, il se fond dans la nature du présent, fait de passés et de nécessités à venir. Je l'ai regardé esquiver la fleur et le coléoptère...

J'ai déploré les manières conquérantes de la puissante mécanique malodorante et inutile venue salir et griffer avec indécences l'essence et le silence de la dune immaculée s'offrant  à la mer. L'hélice déchire le flot dans un tumulte de tours criards, hissant la révoltante parade des deniers partis en fumée.

Je me suis révolté devant une batterie de cannes dressées sur un bateau tueur !

Je n'entends plus le sillage feutré de l'esquif qui me porte, l'air du temps que je traverse n'est pas de ce monde, il appartient à celui des hommes avides, à cette époque  fracturée par de  fatales  cupidités, tant de vilénies.

- MARIN - 

Aventures Windsurf 

Revu et corrigé le 

69.37.8974