Empreinte_m

Le vent d'Ouest souffle fort, il emmène sous le vent des massifs montagneux et vers le détroit un chapelet de nuages étranges ; depuis le matin, avec le soleil et la chaleur diffuse, sournoise de Septembre, il saupoudre les ciels, sans qu'on s'en aperçoive, silencieusement. Je quitte la terre, je pars sur la mer, éclaboussé de bleu.

Elle se pare de roses blanches, les vagues aprêtent leurs colliers. Je vais jouer avec l'eau et ses pétales de rosée, retrouver un peu l'azur perdu depuis des mois chauffés à blanc, immobiles et torpides !
Au-dessus des flots, les éléments s'expriment avec le talent du peintre, de l'aquarelliste, là où l'horizon se tend, où la mer et le ciel ne font plus qu'un seul lavis, qu'un seul être. Ils s'abîment l'un et l'autre dans la nuit bleue, éternelle ; ils se ressemblent et s'assemblent chaque jour, pour toujours...

L' odyssée abyssale est à son apogée, le soleil au zénith commence à décliner, à agrandir l'arène.
Le vent m'emporte, je suis devenu léger, je vois dans le ciel moutonné fleurir l'existence, s'étirer, virevolter la congère de mes jeunes années, remonter les bulles mystérieuses d'une mer céleste et profonde, conquérante. Un instant habité, l'étrange kaléidoscope ouaté révèle un scaphandrier, un cosmonaute, un spectre...  La mer inspire, le ciel expire, ils sont synchrones ; respiration vitale, marnage planétaire, palpitation symbiotique au diapason du devenir des jours que des lois immuables et sûres dictent.
Les nuages se fragmentent, s'étiolent, ils gonflent en ballons, se noient et chutent comme les filaments de la méduse irradiant les fonds. Baigné de bleu, je ne discerne plus l'eau, ni l'air ! 

Puis le vent les coiffent ou les peignent inlassablement ; j'aperçois très haut, vers le Sud, un reflet, un mirage de désert et ses amas de dunes assaillies par les rayons torrides du soleil.
Décrire l'éphémère, l'instant fuyant, contempler l'intense beauté des choses qui plane au-dessus de nos vies aveugles, c'est aussi caresser ces vérités existentielles irréfutables qui orchestrent un temps ponctué de réel, chaque seconde qui passe... Et la nature va, ne se souciant ni de la beauté, ni de la laideur, sachant au fil de la vie, engendrer un futur fertile et prodigue, fécond comme le pollen, les semences du ciel.



Empreinte_j

Empreinte_g

Empreinte_i

Empreinte_f