Du haut des falaises, nous les avons regardées et contemplées évoluant majestueusement dans le grand cirque marin, entre deux Îles. Une à une, elles ont déplié leur parchemin aux teintes du lin, emportant des chants de joie et la mélodie du vent. Les nautoniers, venus nombreux de Gallura, du Nord de l’île de Sardaigne et des ports lointains de l’île de Corse ont réglé ensemble le ballet des voiles Latines et des longues vergues. Et dans l’azur inondé des clartés de la craie, ces barques ont gravé à jamais leur profil d’ailes dans le regard des hommes, au milieu des oiseaux marins en liesse. Images silencieuses revenues malgré le  temps fracturé des splendeurs émouvantes de la navigation à voile. Anachronisme rassurant dans une époque qui fonce effrénée au bout de l’absurde et du fer. Je regarde ces embarcations suspendues dans le ciel des marins, elles dansent comme ces petits bateaux de papier qui fascinaient nos jeux d’enfants autour d’une flaque d’eau, d’une  petite mer improvisée.
Au signal de départ, la flottille s’est élancée en régate, cinglant dans le dédale du Parc Marin International. Les Voiles Latines, courant la quatrième édition de la Route des Contrebandiers, tracent ensemble leur sillage comme une promesse de retour, le souvenir animé et arrosé de la fraternité d’une soirée de Pêcheurs, entre pêcheurs, inoubliable, un jour aux délicieuses saveurs des nourritures terrestres.


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La plus vieille de ces barques remonte à 1869 ;  elles étaient  plus d'une dizaine à arborer leur gréement aux subtiles variantes.