Seul l'Esprit, s'il souffle sur la glaise, peut créer l' Homme

Antoine de St EXUPERY


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Un petit avion parti de Propriano, mono moteur, s'est abîmé en mer, vers 14h Locales, au Large du Golfe de Porto. L'Île de Corse, touchée de plein fouet par un fort Coup de Vent de Nord-Ouest, s'est une fois de plus révélée austère, inhospitalière, exposée aux très grosses vagues.
L'avion de tourisme, avec à son bord Six personnes, a été contraint d'amerrir en pleine mer suite à une panne de moteur, dans des creux de plus de Cinq Mètres. Par miracle, les occupants sont sortis quasiment indemnes ( Contusions et Fractures ) de la carlingue avant que celle-ci ne sombre rapidement.

Malheureusement, les flots démontés auront raison de la cohésion du groupe, ils sépareront un à un ces aventuriers qui ont dérivé près de Huit Heures en pleine mer, avant l'arrivée des secours vers 22h Locales.
Ce Matin, j'écoutais avec une très grande émotion un des rescapés... Il s'est effondré au Micro de J.J Bourdin, quand il évoqua les Secours et leur dévouement, les prises de risque assumées par ces Sauveteurs pour préserver et louer la vie.
J'évolue souvent en mer, au large, les jours de tempête. Et je n'ai pu m'empêcher de compatir, de me mettre un moment à la place de ces passagers, de partager leurs angoisses, la nuit venue, abandonnés de la Terre des Hommes.
Il m'est aussi revenu ce passage d'Antoine de St EXUPERY, relatant le pathétique dénouement d'un naufrage dans le désert...

La mer est aussi un désert aux verdicts immédiats et sans appels, où l'on connait la soif et la solitude du dernier instant !

Il me tient  à cœur de partager cet Extrait avec ces Naufragés, sauvés miraculeusement par deux fois, de me recueillir sur ce texte admirable, tiré de

Terre des Hommes,

de le relire aussi avec tous ceux qui auraient vécus en mer ou dans les steppes humaines, ces pénibles fortunes.
Puissent-ils un jour voir cet Article, je leur dédie les Pensées de cet Auteur, avec toutes mes sincères félicitations. Ils ont été de la partition des éléments, ils ont espéré dans les flots déchaînés et cru en l'Homme...
Ils sont venus!
Et, dans la nuit, la petite lampe de détresse fixée sur l'épaule du gilet de sauvetage, a guidé les Sauveteurs. L'un après l'autre, les naufragés ont été repêchés et sauvés.

cristian, pour Corsica...Go56

Hommage à L'auteur du Petit Prince, de Terre des Hommes, de Citadelle et de tant d'autres œuvres admirables, disparu en mer aux large des Côtes Corses.

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( ...) Nous hurlons, mais tout bas. Alors, nous agitons les bras et nous avons l'impression de remplir le ciel de signaux immenses. Mais ce Bédouin regarde toujours vers la droite...

Et voici que, sans hâte, il a amorcé un quart de tour. A la seconde même où il se présentera de face, tout sera accompli. A la seconde même où il regardera vers nous, il aura déjà effacé en nous la soif, la mort et les mirages. Il a amorcé un quart de tour qui déjà, change le monde. Par un mouvement de son seul buste, par la promenade de son seul regard, il crée la vie, il me paraît semblable à un dieu...

C'est un miracle... Il marche vers nous sur le sable, comme un dieu sur la mer...

L'Arabe nous a simplement regardés .Il a pressé, des mains, sur nos épaules, et nous lui avons obéi. Nous nous sommes étendus. Il n'y a plus ici ni races, ni langages, ni divisions... Il y a ce nomade pauvre qui a posé sur nos épaules des mains d'archange.

Nous avons attendu, le front dans le sable. Et maintenant, nous buvons à plat ventre, la tête dans la bassine comme des veaux. Le Bédouin s'en effraie et nous oblige, à chaque instant, à nous interrompre. Mais dès qu'il nous lâche, nous replongeons tout notre visage dans l'eau.

L'eau!

Eau, tu n'as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte, sans te connaître. Tu n'es pas nécessaire à la vie: tu es la vie. Tu nous pénètres d'un plaisir qui ne s'explique point par les sens. Avec toi rentrent en nous tous les pouvoirs auxquels nous avions renoncé. Par ta grâce, s'ouvrent en nous toutes les sources taries de notre cœur.

Tu es la plus grande richesse qui soit au monde, et tu es aussi la plus délicate, toi si pure au ventre de la terre. On peut mourir à deux sur un lac d'eau salée. On peut mourir malgré deux litres de rosée qui retiennent en suspens quelques sels. Tu n'acceptes point de mélange, tu ne supportes point d'altération, tu es une ombrageuse divinité...

Mais tu répands en nous un bonheur infiniment simple.

Quant à toi qui nous sauves, Bédouin de Lybie, tu t'effaceras cependant à jamais de ma mémoire. Je ne me souviendrai jamais de ton visage. Tu es l'homme et tu m'apparais avec le visage de tous les hommes à la fois. Tu ne nous a jamais dévisagés et déjà tu nous as reconnus. Tu es le frère bien-aimé. Et à mon tour, je te reconnaîtrais dans tous les hommes.

Tu m'apparais baigné de noblesse et de bienveillance, grand seigneur qui as le pouvoir de donner à boire. Tous mes amis, tous mes ennemis en toi marchent vers moi, et je n'ai plus un seul ennemi au monde.

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Antoine de SAINT EXUPERY

Terre des Hommes , Au Centre du Désert

Ed Folio, Pages 156/157

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