18_02_20101

VELETA

 

Vent du Sud,
Brun, ardent,
Ton souffle sur ma chair
Apporte un semis
De brillants
Regards et le parfum
Des orangers. Tu fais rougir la lune
Et sangloter
Les peupliers captifs, mais tu arrives
Trop tard.
J’ai déjà enroulé la nuit de mon roman
Sur l’étagère !

Sans nulle haleine,
Tu peux m’en croire !
Tourne, mon cœur,
Tourne, mon cœur.
Vent du Nord,
Ours blanc !
Tu souffles sur ma chair,
Tout frissonnant d’aurores
Boréales,
Avec ta traîne de spectres
Capitaines,
Et riant aux éclats
De Dante.
O polisseur d’étoiles !
Mais tu arrives
Trop tard.
L’armoire est vermoulue
Et j’ai perdu la clé.

Sans nulle haleine,
Tu peux m’en croire !
Tourne, mon cœur,
Tourne, mon cœur.

Brises-gnomes et vents
Venus de nulle part.
Moustiques de la rose
Aux pétales en pyramides.
Vents alizés grandis
Parmi les rudes arbres,
Flûtes dans la bourrasque,
Laissez-moi !
De lourdes chaînes suivent
Mon souvenir,
Et l’oiseau est captif
Qui dessine le soir
Avec ses trilles.

Les choses qui s’en vont ne reviennent jamais.
Tout le monde le sait,
Et dans le peuple clair des vents
Il est vain de se plaindre.

N’est-ce pas, peuplier, doux maître de la brise ?
Il est vain de se plaindre !
Sans nulle haleine,
Tu peux m’en croire !
Tourne, mon cœur,
Tourne, mon cœur.

 

FEDERICO GARCIA LORCA

Juillet 1920

Fuente Vaqueros, Grenade

 

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