GRAND_SUD___CRIS_

 

Vers Fenu

Je mets le Cap à l'Est, le vent s'est établi en grand frais, il hale l'Ouest-Nord-Ouest et forcit. Quand le soleil parvient au zénith, la mer argentée éblouit. Je peine à distinguer la crête des lames. Un regard au vent et c'est le large qui se délie, qui s'ouvre à mes yeux. Se révèlent alors les contrastes et les nuances crus du grand Sud, un univers à part apaisant, presque familier, régénérant ; une scène à ciels ouverts que la roche rouie illumine. Un poisson prend son envol, fuselé, ailé. Il accompagne  mon vol à grande vitesse, au ras de l'onde, magnifie la fuite exaltée des vagues vers la côte.
L'immensité, comme une prairie vernale, fleurit, éclot et se vêt de mille étoffes ; le bleu intense, abyssal,  ose, fantasque et féerique, irisdescent. Je parcours l'immensurable nuit des flots. Songe d'aventure au coeur de l'autre ciel, plain-ciel.
Et quand j'approche de la côte, à la dérive, de ses mille rivages, il me semble qu'ils m'appraaissent  modelés, roulés par les vents furieux qui balaient l'hiver et l'azur. La roche ocre, mordorée, évocatrice en tous ses figements coule et fond dans la mer submergée d'écume.

C'est le grand Sud, la terre des caps et  des tempêtes qui défient l'horizon, ces bras de terre qui enfantent les rêves insensés, plongent les jours et les nuits des marins aux confins de la liberté. On y décèle les vérités existentielles qui ne sauraient hélas !  primer en ce bas monde, tant de  préceptes de vie perdus, abandonnés  aux dominantes de nos sociétés modernes et du progrès intransigeants ...
La mer vire au bleu cobalt, ceint la terre de son aura bouillonnante d'écume et fumante d'embruns ; comme le ciel ses nuages, elle ocelle et effrange indéfiniment les blanches nuées, la chevelure des vagues qui viennent se coucher sur les dunes...

La mer s'exprime, délire et délivre ses pensées embrassant un chœur unique aux lointains sidéraux. Le  ressac soudain est  son incessant allié. A l'unisson de l'instant  incommensurable, se dissolvent ces vertiges d'île que les nimbes pétillantes emportent et voilent comme des mirages.

Je poursuis ma route solitaire, je disparais et je reviens à la vie au fil des lames ; les vasques  se font larges et profondes. Une petite voile dansent au milieux des Puffins et nous partageons à perdre haleine nos cieux en mille ébats éthérés.

Le sillage est aveugle, au cap se  confie. Le vent s'est tu, l'étrave bruit. Le grand Sud s'étire, nu, pétré,  labyrinthique ... Je l'entends  qui décline le vaste poème de l'océan, l'odyssée d'un jour unique que les ailes de l'oiseau gravent et dessinent près du soleil. Les vagues impreignent, immémoriale,   l'âme des passagers de l'azur.

2 ème Ecriture le 15.04.2012

3 ème Ecriture le 25 Juillet 2021

 

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