25_09_20101

Vers Fenu

Je mets le Cap à l'Est, le vent s'est établi en grand frais, il hale l'Ouest-Nord-Ouest et forcit. Quand le soleil parvient au zénith, la mer argentée m'éblouit. Je peine à distinguer la crête des lames. Un regard au vent et c'est le large qui se délie, qui s'ouvre à mes yeux. Ce sont les contrastes et les nuances crues du grand sud, un univers à part apaisant, presque familier, vital ; une scène à ciels ouverts que la roche rouie illumine. Un poisson prend son envol, fuselé, ailé, il accompagne à grande vitesse et au ras de l'onde la fuite exaltée des vagues vers la côte.
L'immensité, comme une prairie a fleuri. Elle éclot et se vêt de mille étoffes ; le bleu ose, fantasque et féerique, irisdescent. Je pracours la nuit des flots, un songe d'aventure au coeur de l'autre ciel.
Et quand j'approche, à la dérive, de la côte et de ses mille rivages, il me semble qu'ils ont été arasés, modelés, roulés par les vents furieux qui balaient l'hiver et l'azur. La roche ocre, mordorée, évocatrice dans tous ses figements coule et fond dans la mer submergée d'écume.

C'est le grand sud, les caps des tempêtes qui défient l'horizon, ces bras de terre qui enfantent les rêves insensés, plongent les jours et les nuits des marins aux confins de la liberté. On y décèle les vérités existentielles qui ne sauraient primer en ce bas monde, les préceptes de vie perdus, hélas !  face aux dominantes de nos sociétés modernes et du progrès ...
La mer vire au bleu intense, cobalt. Elle ceint la terre de son aura bouillonnante d'écume et fumante d'embruns ; comme le ciel et ses nuages, elle ocelle et effrange indéfiniment les blanches nuées, la chevelure des vagues...

La mer s'exprime, délire et délivre ses pensées embrassant un chœur unique aux lointains sidéraux. Et avec le ressac soudain, incessant, à l'unisson de l'instant, incommensurable, se dissolvent ces vertiges d'île que les nimbes pétillantes emportent et voilent comme les mirages.

Je poursuis ma route solitaire, je disparais et je reviens à la vie au fil des lames; les creux se font larges et profonds. Une petite voile dansent au milieux des Puffins et nous partageons à perdre haleine nos cieux en ces ébats éthérés.

Le sillage est aveugle, le vent s'est tu, l'étrave bruit ; le grand sud s'étire, nu, labyrinthique ... Je l'écoute qui décline le vaste poème de l'océan, l'odyssée d'un seul jour que les ailes de l'oiseau gravent et dessinent près du soleil ; les vagues impreignent en leur mémoire perpétuelle l'âme des passagers de l'azur.

2 ème Ecriture le 15.04.2012





25_09_2010