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La horde de nuages déchiquetés par les grains et l'orage lointain s'est lentement embrasée. Comme une meute, les dragons ont envahi le ponant, s'amoncelant aux cieux. Les rais puissants et aveuglants du soleil les pulvérisaient dans une lutte titanesque. Entre les îlots célestes, ils soutenaient ainsi que des haubans la voûte du ciel, ralentissant dans sa chute la fuite du temps .

L'horizon s'était tendu, entre espace et temps il ondoyait, mariant les mondes il semblait fondre, se précipiter et crépiter sous les joutes de feu que commandaient le soleil et Neptune. Ils lançaient ensemble de gigantesques protubérances, des flammes rougeoyantes et abandonnaient leurs torches aux mystères et aux profondeurs de la nuit  ... Je le vis qui apparaissait en plusieurs lieux à la fois dissolvant des pannes et des nuées entières, forgeant d'autres abîmes en feu, parant le cercle parhélique de ses répliques aveuglantes.

Je me suis assis au bord du crépuscule et des abysses, fasciné par le couchant. La forge des cieux en fusion rivalisait d'éclats avec les turquoises et l'azur ; elle consacrait l'étreinte féconde de la glace et du feu, la quintessence de la flamme et de l'eau. Il me semblait vivre la naissance et la mort d'un jour comme l'on pourrait se risquer à imaginer l'éternité, l'univers, l'enfer ou Genèse.

La mer qui portait ces colosses si denses et évanescents les reflétait. Elle ondulait lourdement, étamée et cuivrée, bouillant sous une averse d'escarbilles, d'énormes brandons et tous les éclats de l'astre de vie qui la ciselaient, la fourbissaient comme du métal précieux.

Il me vint ainsi à l'idée que de l'autre côté du monde, dans le balancement des étoiles, naissait lentement un autre jour, déjà passé, à venir, improbable. La longue nuit aux flambeaux se poursuivra indéfiniment vacillant entre l'aube et le couchant ; ainsi la multitude traverse la durée et l'instant du temps immobile et figé !
Étrange sensation, mystérieuse perception de l'ailleurs dépouillé de limites qui fondent l'émerveillement et le silence. Il est dans les mots et la poésie cet océan de possibles et de pensées bravés. Le ciel se déchire, la terre se vautre, l'espoir s'embrase, la douleur renait dans la valse des jours fracturés. Et qui peut dire qu'ils ne gravissent pas, un à un, les sommets de l'âme, comme la sève parvient à la pointe de l'arbre, à la fleur !
Images ou ébauches du chaos, vertiges de la genèse et d'une Île posée sur la mer, je vois le défilé des archipels fantomatiques et fuyants qui émergent de la mer comme des écueils emplis de vies et de passés. ils défilent et se dressent tels les ombres, les mânes de la terre entière gagnant l'incommensurable repos !

Au fond d'un mythe, je me suis égaré un instant, si petit. J'ai dessiné un fruit bleu comme une orange qui me lie aux ramures et à la frondaison du ciel

" Dis, dessine-moi la mer "

!

2 ème Ecriture le 10.04.2012

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