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16_12_2010_Anto_Punta_Bianca

J'embrassais du regard une île, la fille d'Eole, inondée d'azur. Les vents et les vagues entonnaient, esquissaient partout leurs rimes pétrées et opalines, les songes dévalés et diluviés des plus hauts abrupts

 

 

Entre les dernières phalanges de la terre, les Bouches de Bunifazziu et le Détroit, retiennent des fragments de siècles. Les fonds s'illuminent avec l'onde comme s'ils eussent été éclairés des abysses par d'antiques lampadophores, le jour comme les nuits qui s'illunent ...  Sur les rochers titanesques, vacillants, les vagues gravent à la craie leurs méandres insaisissables, ces inclinations tourmentées, la grande légende des siècles arc-boutée. Intailles portées au cœur de l'émeraude, de l'aigue-marine et serties du vieil or des sables, vous regardez passer la grandeur et la gloire des empires aux pieds d'argile! L'oubli et le ressouvenir se heurtent là, entre les flots et la mémoire chamboulés. Sur les parchemins tendres et immenses que l'île déroule, l'eau, comme le rappel et la chute, la glace, invoque sans fin l'immémorial, ce que le mot ne saurait penser, contenir à lui tout seul en s'élevant au-dessus des mers!

Au bord des falaises ridées que les vents entaillent et clivent, les vagues déferlent bruissament. Elles captent le moindre filet de lumière pour rayonner. Entre reflets, la moire des émaux, les anfractuosités dans la falaise soufflent un verre immuable. Plus encore, tout près du maître verrier cyclopéen, une source efflorescente semble jaillir des profondeurs. J'entends les coups sourds de la gerbe massive et puissante qui emplissent chaque crevasse, toutes les grottes comblées d'azur. Tout y est à la mesure des géants mythiques et une à une, les parcelles de ce décor étrange rehaussent fatalement le sort qui leur revient dans l'harmonie et la complexion de l'univers...

C'est une contrée oppressante où les hommes ne craignent pas les colères de la terre. Ils vivent suspendus, près des oiseaux marins, familiers de leurs trilles, ivres de vent. Surprenants, des geysers d'embruns naissent au milieu des falaises, des fissures de la terre, portant le souffle des eaux exaltées vers le ciel. Ces geysers exhalent l'iode marin comme un impérissable printemps.

Je contemple la houle épaisse et le charroi de l'Aquilon . Les tombants fracturés et émiettés les attirent inexorablement. L'onde, à la côte accore, se fait subreptice, soudaine. Elle surgit au ras des dalles gréseuses que le ressac hérisse; et l'eau ainsi barattée dévoile de divines mosaïques, ses fresques chatoyantes tout en délivrant mélodieusement une écume virginale et généreuse  .
C'est un spectacle symphonique et captivant! La mer, le ciel et la terre nous convient en ce jour de grains et de frimas au sommeil de la nature, nous exhortent à vivre ses harmoniques essentielles. Le temps s'est figé -  de pierre et d'eau nues où l'on sent les mondes respirer et durer un long moment - puis il se dresse pour chuter comme l'horizon, aux  commencement de la matière et de l'air. Les blocs, des pans entiers de la peau des terres s'empilent çà et là, parsèment le rivage donnant aux à pics et aux ressauts encore plus de ciel, plus d'azur et d'envergure pour l'envol vol de l'oiseau.
Voyage au pays des rêves, de l'instant cristallin et révélé, de toutes les audaces ! Le temps est sans frontières. La vague, avant de se perdre, de se donner nous fixe. Entre deux îles, je devine l'iris, la prunelle des yeux de l'océan que découvrent languissamment ses paupières oblongues et ondoyées battues par les vents; et au gré des jeux de lumières du soleil et des nuages chargés de neige confondue, de longs cils nimbent inlassablement l'aura du jour, le voile de la nuit.

Dans la brume, émergeant de l'embrun, je vois poindre dans les lointains la demeure suspendue des hommes. Je ne sais plus si je suis du départ ou de l'éternel retour, de l'autre côté de la terre. J'ai une envie indicible d'entonner avec eux la liturgie, la polyphonie du fils de la mer. Marin, regarde avec moi, des margelles de cette île naître tous les horizons que les rais d'un seul et même soleils tissent. Entre les rets, du levant au couchant, flotte impassible l'ombre du pêcheur, danse à jamais celle du pèlerin qui dérive entre deux mondes indéfinis... Je vis un insaisissable présent !

 

1ère Écriture - 21.12.2010

2 ème Ecriture le 28 Mai 2011

 

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