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Reconnaissance et repérage de trois secs positionnés W/E, vers le Large ... Le vent passe Side Off sur le Reef sur fond de Houle de SE ; surprises !


Ce matin, tôt, dans la suberaie, une petite branche de chêne se mit à frémir. Gravissant l'horizon, le Levant devint viride et cristallin au-dessus des montagnes; il ne trompait pas. Le givre dans la vallée alourdissait un silence glacé et complice. Le vent, invisible et muet franchissait les montagnes pour retrouver la mer, loin vers le large, comme s'ils eussent voulu être les seuls à goûter les premiers rayons d'un soleil d'hiver franc, régnant en maîtres absolus dans les airs et sur la mer. Il me fallu gagner la côte, ces caps déchiquetés de roches carmines par les fortes houles de fond, le paradis des oiseaux marins au milieu d'un dédale d'îlots pour espérer un souffle soutenu.

Là-bas, on aurait dit le Sud ; quelques roseaux et de beaux palmiers se balançaient, captaient vers les hauteurs les premières bourrasques de la Tramontana et l'on voyait bien que ce n'était pas de la brise. Entre deux haies d'eucalyptus, j'aperçus les lointains ; l'horizon semblait flotter, surgi d'un mirage. Il ondulait, fuyait avec l'Aquilon vers le Sud-Sud-Est. La Tramontane * froide dévalait l'Alcudina * enneigée et les sommets.
Parvenu à quelques dizaines de mètres du rivage, j'écoutais battre le pouls de la Grande Bleue. Je m'engageai sur un sentier étroit découvrant mille balcons pointant Février et ses grandes solitudes, l'univers des oiseaux de mer qu'il me tardait de retrouver

Lorsque je suis en mer, loin de la Côte, j'appelle souvent les oiseaux; là je fus servi ! Intimité du vol libre  

Le vent passait au large, toisait les anses, effleurait le vaste récif submergé. Mais tout dans ce théâtre à ciel ouvert me disait l'impatience de la nature rendue à ses origines. Je savais qu'avec le soleil levant, la tramontana reviendrait animer les baies et les golfes innombrables de l'Île. Parvenue en  fin d'épisode, elle promettait d'être ici plus forte et plus tenace qu'ailleurs.

La mer du vent et sa longue houle de SE qui n'abdiquaient pas allaient me réserver quelques fantaisies ; une houle presque imperceptible remontait à l'assaut du vent, contre vents et marées pour affoler, hérisser un Atoll Sous-Marin disparu depuis le temps où une île était encore et sûrement inhabitée !

Je reconnus une mise à l'eau au milieu des rochers, des courants, j'évaluai une veine d'eau gagnant le large et qu'une anse me concédait à la faveur des mouvements mystérieux de l'eau. Je charriais un matériel lourd et encombrant, cahotant péniblement sur un ancien sentier tandis que naissaient entre le récif et les berges les premiers moutons, ces prairies marines frisées et sombres qui hèlent le Marin, allègrement, bruissantes et fraîches comme une aube.

Bien que le vent fut assez fort, oscillant entre 25 et 30 Nœuds moyen, j'opte pour 2.62 m et 4.7 M2 bien réglée. J'embarque un pieds de mât complet, du bout, un petit tournevis, le tout fixé à l'avant du Wishbone dans une petite sacoche. Un bon casque, chaud et bien ajusté m'accorde toujours un regain de confiance. Piètre consolation à celui qui s'éloigne à plusieurs kilomètres de la Côte pour aller glaner quelques secondes d'ivresse sur des vagues absinthes d'une subjuguante beauté. Le vent est fort mais ici, il lui arrive de mollir très vite, de tomber complètement, d'où ce choix de matériel.

 

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Pendant plus de deux heures, je traçais vers le large et ses survivances d'îles, approchant de nombreux écueils isolés qui levaient des lames redoutables et colorées. Puis, sans savoir pourquoi, je virais de bord ; alors, tous les sommets du Grand Sud me parlèrent de la Haute route, de l'Alta Strada * . Sur le retour, je vis un vol des migrateurs animer tout un ciels ; ils filaient à vive allure, emportés par les vents halant le NNE ... Et je dévalais la houle écumante, le merveilleux souvenir d'une migration aux couleurs de l'enfance ... Ainsi, avec toujours plus de précision, l'Atoll de l'extrême - Sud et sa multitude de vagues déroulaient sous mes yeux les majestueuses étoffes des mers du Sud.

Je le traversais maintes fois, m'engageant tout autour, effeuillant la rose des vents, renaissant à chaque fois près de vagues différentes, inattendues, surprenantes, insolites.

Voyage au pays de l'onde, de l'étrange, de la magie de l'eau, des alchimistes du grand bleu. Ils ne trahissent point ; là où la vague se vêt de ses plus beaux atours, elle dit aussi le danger et prévient en susurrant aux parages du haut-fond.

Là, en pleine mer, rencontre

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Le regard des vagues, comme une preuve intangible de la vie, double hélice des houles contraires qui se retrouvent, diverses, belle l'une avec l'autre ...

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Surprises surgis des profondeurs, aveux des courants, jeux complices des vents et de l'onde avec le marin, comme une invite devinée, déguisée des flots ! Mais, si loin de la Côte, seul, je reste de marbre, prudent ; je n'ai qu'un seul désir, me sentir aux multiples champs de ce vaste atoll accepté des lames, familier des brisants, en confiance pris dans l'étreinte de l'écume tumultueuse, à l'étau des vagues avalancheuses. Il y a de la taille ! Le vent, la houle, les courants n'en sont pas les seuls artisans. Je me faufile, au plus creux, au plus profond du trou d'eau, là où la vague tire à elle toute l'eau qui fera son ultime beauté; et elle ne s'en prive pas ! Alors, le récif, sans se dénuder m'accorde les secrets acérés de ses fonds, ces dalles rocheuses immenses ponctuées d'ecchymoses affleurant la surface.

La vague se dessine, c'est un arc de cercle parfait, tendu et lisse qui concentre en sa flèche toute la puissance et la force d'un mouvement unitif ; un appel, Circée au milieu des flots ; l'enjeu est irrésistible...

Entre les profondeurs du large et les marches abruptes de la terre, les vagues misent leurs derniers atouts et rivalisent de taille, de silhouettes, de charmes ; et c'est pour cela que je les crains. Une seule fois j' allais tenter la courbe, le virage et la relance dans un fracas assourdissant, comme si le fond en eût rendu à l'infini un sinistre écho, une dernière sommation ...!

Jamais, sur l'Île de Corse, un lieu n'aura livré en un seul instant autant de vagues différentes, parsemées, disséminées et aux sculptures surprenantes, orientées selon la volonté, le génie de tous les éléments... C'est un véritable terrain d'aventures, inépuisable, et surtout, sans aucune limite

!

 

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* " Cala d'Orienti " est un petit nom tout personnel ; j'ai tout simplement nommé ce lieu de solitudes parce qu'il naît du Levant, des vents et des houles contraires. Je le sais redoutable, sans concession, parfois inaccessible, telle une quête, l'impossible quête ...

Il ne pardonnerait pas en cas d'avarie et les oiseaux, les vagues ne me seraient pas d'un grand secours. Là, l'hiver, il ne faut pas compter sur soi-même et se perdre en vains verbiages. Il faut assumer l'encablure qui sépare d'un rivage austère, désolé, sauvage. Le courant Sud - Nord est bien présent le long de la Côte. Il se heurte aux courants de surface, proportionnels à la force des vents.

Le haut plateau rocheux en accentue la virulence, les sens devenus aussi fous qu'impressionnants et soudains. L'eau s'engouffre entre deux dalles immenses, suit les failles plus profondes. Et il faut des heures et des heures d'observation, de navigation pour en circonscrire les dangers principaux. Mais que faire en cas de bris d'espars ? Comment rejoindre la côte parvenu au terme d'un bord de recadrage, à plusieurs milles du bord ? Savoir être seul reste l'inutile gageure, un pari insensé ; et pourtant !

Laissons au hasard, au destin, à l'inconnu, à l'illusion, à la Providence le soin de  faire contre mauvaise fortune bon cœur. Puissent-ils, comme la mer, ne pas, ne rien voler au pèlerin, dérober, trahir quelques instants d'éternité, une osmose qui mûrit encore comme le fruit sur le vieil arbre

 

2 ème Ecriture le 14.12.2011

 

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* L'Alcudina : le sommet le plus haut de l'extrême-Sud de l'Île de Corse, dans le Massif de Bavedda ;

** L'Alta Strada : la Haute Route, celle qui traverse la Corse des sommets du Nord au Sud ( Hivernale )

*** Tramontane ou Tramuntana : c'est un vent Local, soufflant du NNE au NE, souvent l'Hiver. En Février, il arrive souvent qu'il se manifeste dans sa version " Blanche ", sans nuage, lorsque l'Anticyclone est très puissant.

Cette semaine, dans sa vraie version hivernale ( NNE - Ciel Gris et très froid ), au Large et vers le SSE, le vent soufflait SE, Voilà pourquoi nous avons eu un épisode de Swell sur Côte Orientale + N sur Côte Occidentale + petit Combo.

Il arrive parfois que cette Tramontane d'Hiver, très très froide, termine la Course de la Bora soufflant de l'Europe de l'Est, balayant le Nord de l'Italie et finissant sa course sur Gênes et la Corse