06_02_2011

Au-delà des Phares

Sans les Phares, la terre et les rivages demeureraient agressifs, meurtriers et sauvages pour les Marins de tous les Océans livrés à la nuit, à la fatale errance !

Sentinelles, vigies imperturbables au cœur redouté des coups de temps, voici les nobles clochers veillant sur la nef immense des mers et du ciel, aussi silencieux et solennels qu'ils portent loin au large les clartés de la vie et du retour, l'amour et la joie des ports à tous les gens de mer.

J'évoque " l'âge d'or " des Phares nombreux et habités, dotés de l'irremplaçable présence de l'Homme. Ce regard chaleureux qui s'attarde comme l'ultime, l'extrême adieu de l'amitié, de la fraternité aux Marins en partance !  Et je n'oublie pas aussi tous les témoignages poignants et doux de survivance que les phares et leurs alentours révèlent ...

C'est autour de ces Phares que naissent mes " pensers ". Vers Pertusatu, je contemple un édifice bâti et inauguré en Novembre 1844 pour traverser les siècles, une bâtisse peu à peu cernée d'anachronismes révoltants qui jalonnent les décennies actuelles et leurs irrévocables solitudes. J'y reviendrai plus longuement !

Les Phares abandonnés

Je ne suis en rien spécialiste, encore moins érudit sur la question mais je reste ce passager qui croise sur la terre de l'Homme. Mais les hommes, lentement délaissent la terre, dès lors qu'ils s'éloignent des substrats et des merveilles de la nature qui les a vus naître, qui les a accompagnés et forgés envers et contre toutes les péripéties de l'existence.
Il est pourtant des lieux qui invitent aux voyages, aux élans pacifiques de l'âme, tournés vers le Grand Bleu et le parvis majestueux du Ciel. Splendeurs et majesté des vastes étendues que le Ciel des marins, parsemé d'étoiles providentielles dans les ténèbres tempétueuses !

Anachronismes

Détroits dédaléens infusés d'îlots, labyrinthes ouverts à tous les vents, promesses îliennes et de terres lointaines ! Une lueur demeure, abandonnée aux pieds de la mémoire, solitaire et glacée tandis que vers les écueils qu'elle garde, croise maintenant, indifférents et muets, le commerce et la menace des nations

Un Feu de bois, de l'huile animale, du pétrole, suffisait à préserver la vie là où les époques chutent et s'abîment sans que l'on s'en aperçoive ! Aujourd'hui, plus qu'ailleurs, j'erre au bord de l'évolution et de ses prétendus progrès et je regarde, j'écoute au-delà des horizons s'élever la longue plainte de la mer orpheline de ses Marins, des bâtisseurs de Phares et de leurs Gardiens imperturbables, intrépides mais bons. Avec eux, la mer ne volait pas, ne trahissait ni la traversée ni le voyage. Elle devenait espoir, rencontre, une passerelle entre les hommes fidèles à la vie dans toute sa munificence et sa diversité.

Des outils à l'échelle des enjeux

Mais les phares déclinants, devenus tourelles robotisées, déshumanisées, désespérément muettes, ne lancent plus des collines que des éclats aveugles et froids.

Des séides du grand Profit aux valets de la Finance et du Commerce International, les outils de la modernité ne font pas dans le détail. Il n'est plus besoin de sentimentalisme ni d'états d'âme ; la Poésie, le lyrisme et le règne de la beauté ne sont plus de mise, ou alors deviennent les accessoires d'une Culture en sursis, si peu rentable, de saison ... Au diable le romantisme et ses accès d'amour perdus, l'univers nostalgique des mers, le roman et l'imaginaire déchus dans l'univers des chiffres et de l'or noir.
La mer est un carrefour, elle craint et subit à la croisée des routes industrielles et commerciales...

Les phares abandonnés, inépuisables robots, prétendants sûrs de leurs automatismes, ont détrôné le veilleur, le gardien, cette étincelle d'amour divine qui dansait longtemps sur les flots dès les premières heures de la longue absence, comme s'il elle eût encore accompagnée, jusqu'à l'épuisement du faisceau, la détermination du marin et ses rêves merveilleux d'aventure au bout de l'extrême durée.

Voir, d'ici quelques jours, l'Album consacré à ce Phare perdu, le plus Sud de l'Île de Corse, juché entre deux univers géologiques, jouissant de tombants renversants entre deux îles. Je vous ferai part de mes pensées, de mes émois et souhaits, tout en commentant les photos ; qui sait, qui connaît la portée des rêveries d'un promeneur solitaire insignifiant

!

 

06_02_20111