Aujourd'hui, face au large et au tumulte des flots, je ne ressens pas la sérénité et les transports exaltants qui me poussent habituellement à errer en solitaire en ces lieux de désolation ; je ne suis d'ailleurs ici jamais serein ! Non pas que je craigne un instant les caprices du ciel, une infidélité de la mer ou de cette Tramontane froide de Février.

Je sais ce mois écourté et bien ancré dans l'hiver, mais je doute davantage les prévisions imprécises et surtout décalées de tous les modèles météorologiques. En effet, ces derniers prévoyaient des cumuls de pluies apocalyptiques et des orages sur le Sud. La raison l'a emporté et à chaque fois je ne m'en remets jamais...

Si je m'étais fié à la lecture habituelle et personnelle du ciel, à l'observation des nuages, aux relevés stables de la température, des secteur de vent et leurs oscillations, les grains au large ne m'auraient alors pas tant inquiété. Je me serais confié et livré à " Cara d' Orienti ", à ses récifs perdus et leurs ondes sauvages, au vent qui soufflait presque de terre et qui tenait à distance, en respect, les velléités humides des nuées.

Il est des champs cachés où les vagues essaiment, tout autour des hauts-fonds, s'invitant là où on ne les attend pas... surgissant des profondeurs, elles se dressent contre les tombants et chutent silencieusement, au loin, étouffées dans le mugissement général des vents.

Les Îlots semblent emportées par la tempête et la houle. La mer est devenue grosse. On les discerne à travers la chevelure, l'écheveau virevoltant des vagues. Les écueils sont cernés et les lames qui les entourent vont à la rencontre des crêtes soulevées par le coup de vent. Elles forment une barre difficile à franchir et l'on sent, à l'approche du choc frontal le balancement euphorisant des ondes contraires sous une averse crépitante d'embruns.

La Tramontane est puissante, elle porte au Sud. Je regarde cette petite passe qui m'invite, aisée et protégée. En face, les rafales assombrissent la mer. Elles m'auraient emmené en un bord vers un dédale sublime de déferlantes traçant dans la nuit des grains toutes les rimes de la glisse, de l'écume, de l'embrun et des courbes lumineuses.

Je revis les flots. Ils avaient ce parfum de sillages, la fébrilité fugace et absconse des départs et pour une fois, je n'ai pas répondu à l'appel, aux suppliques du temps que les vents et la scansion des fées absinthes égrenaient. Ce n'est que partie remise, je le promets !

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2 ème Ecriture le 15.04.2012

 

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