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O mer ancienne et jeune, gracieuse et farouche, reine des pavois en fête, souveraine des tempêtes, ô mer, accorde ta miséricorde à ces pêcheurs venus pour déposer la caresse ingénue de leurs yeux sur la risée de ta joue bleue ! De grâce, reste la clémente envers les braves gars à l'âme simple que voici mains jointes et genoux pliés au fond de leurs chaloupes si petites parmi toi si grande, ô mer des fils et des aïeux ! Daigne sourire aux soufflets pacifiques de nos avirons, souris encore à l'innocente égratignure de nos hameçons, puis qu'une brise sereine arrondisse en fruits mûrs bâbord ou tribord amures nos taille-vents et nos misaines, et que ton coeur profond fasse taire là-bas marsouins et bélugas qui sont les ogres des sardines, mignons petits poucets de l'abîme, qui vont par bancs semblables à des tas d'argent et que les filles des usines serrent dans des boîtes mêmement qu'images, fleurs ou papillons dans le missel de leur première communion ; et sois, mer de Bretagne, sois hospitalière à ces filets qui nous font vivre, afin que lourds on les retire de tes flancs féconds, on tire un délivre où chante l'avenir ! Enfin, les noirs démons de tes rafales, à jamais amarre-les dans les cavernes de tes côtes, fabuleuses grottes que tu fermeras avec les épaves, mâts brisés, gouvernails rompus, coques défoncées, de tous les navires engloutis depuis ta première colère, Océan, et que les coups d'aile des guilloux, des goëlands, des mouettes, et des cormorans signifient désormais sur nos fronts tes gestes d'espérance et de bénédiction.

 

SAINT-POL ROUX ( Litanies de la Mer )

De la Colombe au Corbeau par le Paon

Dans Roger Vercel -  L'Homme devant l'Océan -  1949  -