15_01_2011_Marche_Santa_par_Stagnolu12

U Piale - Campagne de Bunifazziu - entre deux ères géologiques - 

" ... Je parcours les arcanes d'un temps qui n'aurait plus d'âge et je me sens bien... Je me retrouve, encore plus fort, pour briser les murs de bétons, dénoncer l'asphalte des routes meurtrières..."

 

Il faisait bon longer le littoral en ce jour pâle de printemps et sous un ciel légèrement voilé. Quelques fleurs tout juste écloses tavelaient de couleurs vives un maquis encore fade, humide et gorgé d'eau. Juché sur un promontoire, embrassant d'un seul regard toute la côte du Cap Roccapina au " Cap Marianon ", je pouvais admirer et contempler l'oeuvre inimitable de la Mère-Nature, celle aussi des Anciens qui surent se fondre aux éléments et mettre en valeur des immensités de champs et de plaines aux pieds féconds des montagnes et des chaos rocheux.

Mais ce qui frappe avant tout le visiteur, l'amoureux de la Nature, le voyageur et le pèlerin est bien cette absence de béton, de constructions disparates, d'anarchie urbanistique qui viendraient défigurer une cascade de golfes, de baies, de criques qui vont se succédant et rivalisent de beautés depuis u Capu di Muru, en Tassinca ...!

Puissent les hommes de cette  " Terre Primaire " honorer le regard que la mer lance vers les cimes et les montagnes ! Consentiraient-ils à laisser à la floraison des saisons ces vastes versants lumineux et colorés qui dévalent tout autour des sommets de Cagna et font du Grand-Sud de l'Île une enclave insulaire à part, remarquable.

Entre Asinara et le Lion de Roccapina, les Bouches et le Détroit s'emparent des vents et de la Houle pour ne les quitter que loin des terres visibles, vers l'Orient...

Et quand le Ponant se lève, les bras de la terre qui étreignent la mer semblent s'ouvrir encore davantage pour mieux embrasser et ceindre les flots, rassembler l'azur et les vagues. Le paysage qui aujourd'hui et par temps calme me paraît être si proche, s'éloigne, se fond dans l'abîme bleu des horizons les jours de tempêtes. La mer alors vallonnée, se hissant au-dessus des collines, scelle le serment et la véracité du grand large, du Grand-Sud. Les éléments martèlent et façonnent les rivages de l'Île avec la régularité de l'ellipse. Chaque regard posé sur cette terre est unique, changeant, éternel comme un souvenir...

Dès l'aube, lorsque Mai déchaîne le Levant vers l'Ouest. Il emplit le choeur des vallons des senteurs du maquis qui éclot, comme s'il emplissait le vide sidéral ... Et ces tombants plongent vers la mer y entraînant une myriade de rus. L'horizon, débarassé de toutes les turpitudes urbaines devient limpide, cristallin. La mer lisse glisse silencieusement avec le vent et gagne ces lointains enchanteurs qui nous hèlent inlassablement.

C'est la magie de l'Etrême-Sud de l'Île où rien ne vient troubler la marche du temps. La migration des saisons se fait lente et plus belles sont les métamorphoses. Au hasard des vestiges cachés, ravivant la mémoire, l'homme erre et se ressource dans l'antique souvenance, l'attachement viscéral de ses profondes racines. Il lui semble alors vouloir défendre farouchement ces quelques arpents de côtes restées vierges, de sublimes sentiers, d'indicibles forêts littorales, des sablons lumineux et dorés. Et cela, moins par attraits ou intérêts touristiques que par amour de la Terre, preuve intangible d'une vérité qui nous appartiendrait imprescriptiblement et à laquelle nous nous sommes liés, attachés de façon indéfectible ... Retrouverions-nous cette double allégeance envers une nature oubliée, un des pans de cet inconscient collectif que brade et dénie la modernité?

 MARIN

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2 ème Ecriture le 27 Mai 2011

27_03_2011_Lacustre_Fleurs1

 

Entre les rivages lacustres, les cordons lagunaires, les dunes, les tombants rocheux, les abrupts de calcaires, les vagues du maquis, les sommets proches, les torrents tombés dans la mer, des kilomètres de sentiers et de vieux murs, les baracuns bonifaciens, les caseddi, les aires de battages enfouies, les vieux fours et tant de vestiges, le Grand-Sud n'en finira plus de livrer ses beautés et les legs précieux d'un passé florissant. Pourrions-nous laisser encore cela en l'état pour nos Enfants ?