« L'amour est une mer dont la femme est la rive. »

  Victor HUGO


Je ne voudrais pas que cette Catégorie s' étoffe, rende ainsi compte de la Mer tueuse, des Eaux impitoyables ravissant l'âme des Marins ... Et pourtant, n'est-il pas tant de beautés et de splendeurs aux yeux de la mer pour esquisser dans le coeur du Marin le Ciel incommensurable. Ne le cueille-t-il pas si souvent à bras ouvert, à portée de la main, de tout son saoul.

Voici une très belle allégorie, une Pensée endeuillée de la mer éternelle pour accompagner les solitaires pris dans l'Océan, épris de la vie jusqu'à l'abnégation... " Dernière Plongée " des Disparus ou Migration dans le Grand Bleu comme ce vol de Canards Sauvages.

Ce Poème est tiré de l'Anthologie de la poésie Russe. Il a été  écrit par Jean KONEVSKOI - 1877 /  1901 - un bien jeune Poète ! Je le retranscris dans cet espace, en Hommage à ces destinées vouées à toute la Mer

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D'où donc surgissent les tableaux de cet univers sous-marin,

De quel sombre gouffre

D'années voilées et d'années claires,

Mêlées aux pages de l'enfance oubliée ?

 

Tous ces bleus abîmes, béants, déserts,

Pleins de l'architecture sévère et silencieuse du coquillage,

Où l'on voit se traîner l'antique famille des coraux,

La famille séculaire des polypiers.

 

Et les étoiles du monde, et les étoiles de la mer ...

Tout autour, c'est un miroir humide.

Et le souffle me manque :

Tant de palais rêvés! de tels palais !

 

J'ai appris dans un livre une sagesse solitaire

_ Où sur les confins vogue l'intelligence _

Et je me suis souvenu des caravelles mortes

Sous le rideau profond des eaux.

 

Je suis à vous, océans des hémisphères terrestres!

Ah! en route à nouveau me voici comme un adolescent !

Et je navigue vers le pays lointain des araucarias,

Et je rêve de trouver le pôle.

 

Du fond de l'étoffe onduleuse est monté vers moi

Ce regard muet des baleines

Que le coupable Jonas rencontra

Quand il dut languir durant trois jours dans leur ventre.

 

O monstres sacrés, je suis à vous, je suis votre parent.

Attiré par le Sud inconnu

J'ai fixé de mon regard la masse des eaux

Et je vois le demi-cercle de la mer.

 

Portez donc votre chemin sur les pays hyperboréens,

Dans le monde de la bienheureuse mort maritime...

O enfant voluptueux des Nérées, suivez-moi

Afin de goûter le repos convoité

 

Jean KONEVSKOI

Éditions Bordas - Pages 172-173

Anthologie de la Poésie Russe

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