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Partir au vent des Côtes et se confier au Ponant ! Quitter la terre pour laisser un moment bien des fardeaux sur la grève. Je cingle vers le large comme je hèle, en ce gouffre intime qui me ronge l'absurdité prométhéenne...!

  Serait-ce alors pour guerir un peu de la cécité ! regarder, contempler la terre, le rivage, la côte et les voir du prisme lumineux, des fards transcendants de l'eau. Ces espaces figés et dressés vers le ciel qui se perdent ou s'épuisent en apothéose avec les flots et l'incommensurable cycle de l'étant, guidant peut-être mes illusions de passager, d'itinérant, de pèlerin familier revenu de l'éternité, de retour aux sources !!!

Noble dessein, quand l'homme revêt pour un jour l'aile libre et immaculée de l'oiseau... Aurais-je un instant perçu le chant de joie profond, presque inaudible et si doux des Puffins dansant et planant au-dessus de la houle cyan ? Sûrement; ils étaient des dizaines ponctuant l'azur et le vent d'ouest d'allégresse, renouant avec le souffle printanier de la mer, de ce côté du monde, sur le pourtour d'une Île, vers les franges étranges de l'univers du silence ...

Un vaste champ d'azur brassé par le fort vent s'est alors délié, délivré. Il s'est épanché et toutes les senteurs myosotis contenues après des semaines d'immobilité offertes au Levant voyageaient avec l'embrum. Mais rien de ses couleurs, de ses contrastes et de ses lumières surgis depuis les profondeurs du ciel et de la mer n'aura changé;  seul cet émerveillement soudain qui, après un long sevrage, face à un tableau, une toile de grand maître de la peinture esquissée sous mes yeux, m'ont ému et enchanté...! C'est en Artiste peintre, aquarelliste, magicien des lavis que les eaux ont décliné le grand art de la transfiguration solennelle et purifiée, s'accordant diaprures et festons, le brocart et le satin de l'écume autour des rochers ocres, vainquant tout l'or de la manne temporelle

La côte a défilé, soulignée et découpée, toujours imprévue lorsque les vagues épaisses montent brutalement si près du rivage. C'est ici la règle ou l'indéfectible évidence qu'il convient de ne pas transgresser. Au coeur même de la solitude, aux pieds des montagnes, sous le regard fardés des nuages, chaque heure de la journée s'apprête et change délicatement de robe; je suis l'oeil de la mer porté vers ces écheveaux lointains qui gonflent et défont leurs rouleaux en blanchissant comme l'infini.

Le temps s'allège, s'étire. Il sait aussi s'appesantir quand le corps abdique, refuse et dit : " assez " ! Ce corps dont je pourrais aisément penser qu'il détient pour un intervalle mesuré la solution fragile, la finitude de l'existence, les sens mêmes d'une vérité cachée, toujours inaccessible, qui m'engage à corps éperdu vers quelques songes vécus ou en quête d'oubli d'une réalité harassante. Un outil merveilleux dont je sais et mesure le prix à la prunelle de mes yeux, soit ! La vie, tout simplement, dont il ne faut ni oser ni miser le hasard avant d'avoir entrevu ou compris l'essentiel ...

Mais pourquoi ne pas oublier aussi, pour quelques secondes, l'espace d'un éclair, cette entrave, cette allégeance réductrice à la gravité, à la peur ou la crainte grevée à jamais de l'instinct, de l'instinct limité de sur-vies ...! Mais lesquelles ???

De la Chute, de l'irrémédiable ?

Non, il n'en est rien. Je suis bien là, seul et surtout conscient de l'être sans secours possible. Près de l'inattendu, de l'inhabituel, de l'incertitude, je vogue et navigue jusqu'à barrer, rejeter, nier l'instinct aveuglant de toute conservation.

Je vais là où un instant l'âme se devine, s'ébauche et s'ébaudit, comme ébaubie et qui s'abreuve de nourritures essentiellement terrestres. Ces joyaux qui m'apprendraient peu à peu à entrevoir enfin les vraies portes du ciel, des ciels et de l'azur.

Trahison de " lèse-personne ", je ne le crois pas; reniement de ce qui constitue l'arche, l'alliance en toute vie, non plus ! Mais certainement le légitime partage de l'existence, pour la conscience avide de grands espaces vierges comme l'océan, l'esprit et que l'on voudrait emplir à satiété de splendeur, de bonté, d'échange, de cette large compréhension des choses humaines hélas ! souvent immatures et qui tendraient vers l'harmonie et un peu plus de sagesse...

Autour de nous gronde l'élan illimité de la vie, l'azur palpable qui jaillit. Au coeur des vagues aimées, je rejoins le destin de ces milliers d'oiseaux. Nous  continueront à vibrer à l'unisson des vents et des nuages, pris dans les flots d'une traversée, au-delà de l'oubli...!

Oui, je me lie à la mer, à ses songes de coton. Et ces nuages blancs comme l'avalanche, sombres comme novembre, froids comme le métal argenté qui voyagent dans un ciel d'espérances et de tourments. Je la vois, je la sens telle qu'un cantique, prompte à enfanter ces candeurs de l'âme et de la mémoire immémorées, à éclairer les vastes baies d'un ailleurs que nous ne craindrions plus.

Je ne serais sur la mer qu'un rêve d'oiseau. Sur terre, l'enfant qui se noie, dilué; qui d'errances ou en réclusions repart à la recherche d'une âme bleue perdue et dont une vie entière ne suffirait pas à en déchiffrer les messages pourtant criants. En contre partie, comme pour se faire pardonner, je la sens qui concède ces touches mesurées et presque cachées d'espoir, à chaque fois que les vents, la mer, les ciels et le soleil s'unissent pour offrir ensemble un scintillement de vérité, d'étoile qui n'est déjà plus. Et c'est ainsi qu'un coeur balance entre son néant et l'existence, l'amour et la mort, l'un et l'autre pris et emmené dans le tumulte de l'extase et de la crainte. Et, pour que ni l'un ni l'autre ne s'étouffe et ne meurt seul, de lui-même, je considère ici ma fin. Elle me rappelle à l'humilité, face à l'inconnu, au renouveau du jour de plus ou de moins qui m'est accordé en cet univers originel.

 Ce jour-là, la mer me prit et me garda jusqu'à apaiser le vent

 

C-G C

1ère Écriture le 15 Mai 2011

2 ème Ecriture le 16 Mai 2011

3 ème Ecriture le 26.08.2011

...!

 

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