Simon LEYS est Écrivain de Marine et dans cet ouvrage nous livre ses réflexions, plaçant Victor HUGO au centre de l'histoire universelle de la Littérature Marine.C'est un Article remarquable, concis, où tout est tracé, comme un sillage !

 

Victor HUGO, le génie de la Mer

Mémoires de la Mer

Cinq Siècles de trésors et d'Aventures

Édition Folio

Page 131 à 133

 

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J'ai eu deux affaires dans ma vie : Paris et l'Océan ", concluait le poète à la fin de sa longue vie. Quand Napoléon-le-Petit le proscrivit en 1851, Hugo perdit son cher Paris, mais il gagna le grand large et y trouva la vraie patrie de son génie. Ses vingt années d'exil dans les îles e la Manche furent la période la plus féconde _ et aussi, paradoxalement, la plus féconde  _ de toute sa carrière. Libéré soudain de la la comédie de la réussite mondaine _ ainsi que des hordes de flatteurs et de fâcheux qui assiégeaient en permanence son appartement parisien _, il se retrouva du jour au lendemain rendu à lui-même, face aux deux seuls interlocuteurs vraiment à sa mesure : Dieu et l'Océan. Ce fut la chance de sa vie, et il eut la sagesse de le percevoir lui-même ; après quelques années de cette nouvelle existence, il notait déjà dans Océan :

" Je trouve de plus en plus que l'exil est bon. Il faut croire qu'à leur insu, les exilés sont près de quelques soleil, car ils mûrissent vite (...) je me sens sur le vrai sommet de la vie (...). Je mourrai peut-être en exil, mais je mourrai accru. Tout est bien. "

Dès la trentaine, durant de premiers voyages entrepris sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord, la mer l'avait d'emblée fasciné et séduit. Mais avec l'exil, à Jersey tout d'abord, puis à Guernesey, elle devint bien plus encore pour lui : une compagne, une inspiratrice, un objet de contemplation quotidienne, attentive et passionnée _ un modèle aussi, et un défi. ( " L'océan est là sous ma fenêtre. Je regarde cet indomptable et je lui dis :  jouons ! " ) Il a également le souci d'absorber une vaste littérature maritime, tant classique que contemporaine : il connaît les écrits des grands marins et corsaires du passé, et comme il a même lu les mémoires de Marteille ;tout comme Balzac, il a été tout à la fois un puissant stimulant et une provocation.

Mais surtout sa curiosité ne demeurera jamais simplement livresque : il saisit toutes les occasions de s'aventurer sur l'eau, il fréquente les marins de la Manche, il connaît ces hommes et il les admire, il s'initie à leur métiers et à leur langage dont il maîtrise les arcanes avec délices _ il s'enivre dans les Misérables de cette admirable langue de la mer, si complète et si pittoresque, qu'on parlée Jean Bart, Duquesne, Suffren et Duperré, qui se mêle au sifflement des agrès, au bruit des porte-voix, au choc des haches d'abordage, au roulis, au vent, à la rafale, au canon (...), cet argot héroïque et éclatant qui est au farouche argot de la pègre ce que le lion est au chacal " .

La mer nourrit sa pensée et son oeuvre, elle lui offre métamorphoses philosophiques et sujets de poèmes ; surtout, elle devient la respiration même de sa prose à laquelle elle confère souffle, immensité, visions, lumière, mouvement, mystère, énergie. On peut penser avec Claudel ( dont les jugements littéraires étaient furieusement idiosyncratiques, mais toujours stimulants ) que c'est dans la prose, et plus particulièrement dans ses romans, que le génie de Hugo s'est pleinement manifesté. En tout cas, il s'y est montré l'un des plus puissants écrivains marins de la littérature universelle.

 

Pour Corsica...Go56 et La Mer

 

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1858 - Exil - Sanguine de Victor Hugo

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