" Combien fécond le plus petit domaine quand on sait bien le cultiver."

J.W  GOETHE

 

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Purraghja / Sperdutu

 

Fascinations_Solitaires

 

Une Île et ses centaines d'îlots essaiment leurs pensées de myrtes et de pierres... Qu'importe l’envergure et le cercle de la terre finissante sur la mer immense ; et ces clartés qui palpitent au-delà des âges et de la brume comme une promesse d'astres et d'infiniment bleu que les cimes pointent de si loin ! 

Quel éclat de temps sublime le soleil octroie dès l’aube au marin croisant ou doublant en vue de la terre les prémices de la paix pour quelque thébaïde !

Un archipel se dévoile et lance à l’encontre des flots d’antiques étreintes qui fredonnent encore les litanies de l’adieu. La liesse du retour, les déchirements de l‘absence abyssale et sans retour vont l'amble et s'imbriquent étrangement…  Et je les sais amènes à la brise de printemps autant que je les redoute les jours sombres et bas de grands vents ou de tempête, l'hiver.

Il arrive que les déferlantes toisent la roche dénudée des rivages, ces amas de blocs, de porphyre polis au seuil des mondes qui finissent par se coucher et qui s'étendent au-delà de tout dans un dévalement de tonnerre.

Elles les submergent et les façonnent jusqu'à l'éviction lente et imperceptible; alchimistes des sables oeuvrant aux frontières apaisées des titans... Les jours de calme jouent aussi les mélodies de l‘écueil, le bruissement du récif, et de tous les îlots que l’onde virginale berce et nimbe dans la sérénité de l'été, sous le regard majestueux des sommets qui les ont enfantés.

Les crêtes délinéent l'azur comme le maquis soulignent le règne bleu de l'eau, offrant tout autour une large frange mordorée aux désirs des vagues et des vents ...

Une Île !

Mais quand les éléments se déchaînent, " la reine", l'arène devient effrayante; ils soulèvent ses remparts d'écume de la terre jusqu'aux cieux qui s'abattent en grains blancs ondoyés redoutables.

On entend lointainement les grottes aveugles et invisibles gronder, mugir à l'étrave morcelée des caps telles une bête fauve. Elles semblent engouffrer et avaler la houle et les vagues épaisses, à chaque vague qui meurt et qui en génère une autre tout près de moi.

Mer dédaléenne et  fantomatique, tu m'envoûtes !

C’est pourtant vrai, encerclant les vestiges de la terre, la mer creuse, devient véloce, féline, galope et dans ses multiples sillages, abandonne des traînées oblongues et lumineuses à la fureur des rochers, à l‘indifférence des jours absents, à la fuite de ces mondes reclus, irrémediablement dépeuplés ...

Et ces étendues sans fin, sises comme l'existence, deviennent tout à coup inhospitalières, maîtresses d'un implacable sursis, de la peur et de cette angoisse qui parfois délivrent soudainement, paradoxalement la vie !
Les tombants accores y lèvent des lames brutales et traîtresses et chaque obstacle que la houle rencontre la mutine, la dresse vers plus de sauvagerie et de chaos, aux confins de la déraison, séditieuse et provocante, presque attirante.
C’est le temps qui se brise et se fend, pulvérisé retombant lentement en pluies d’étoiles, en fragments d'être, illuminant la nuit azur tel un feu d‘artifice inépuisable, jamais indécent.

En ces lieux d’extrêmes solitudes, ce n’est déjà plus la terre ni le rivage; une dernière faveur de la grève ou tout simplement l'ultime issue ... le calme ou le répit y seraient indûment mérités. Il faut se frayer un chemin et ne plus errer. S'attarder consacrerait le verdict fatal de l'apothéose et de la beauté, l'absolue vérité …

Je ne perçois que rides et tourments concédés à l’immobilité assaillie, ces figements bousculés, heurtés de trop durer, de tant braver ! Un monde où l’oubli se hérisse au cœur des naufrages et de l’aventure insignifiante, aux champs engloutis aussi de la mer trahie. On y abandonne pour une parcelle d'entière confession une inconnue enfin dévoilée, un secret que l‘on gardait au fond de l‘âme et qui blesse profondément. Alors je me prends à craindre l'immédiat, à effleurer le temps qui passe, un temps lourd chargé de réminiscences, de mouillages et de mille attaches...

Embarque avec l’oiseau me dit une voix intérieure, voyage et enivre-toi de vents et d’embruns. Vous évoquerez ensemble, inlassablement, les traits évanescents d'un bonheur originel. Nous ne ferions que passer, traverser un moment la providence, ces mille refuges délaissés sur la voie du Ciel.

Plénitude ou vaste silence, je n'en sais plus rien ! mais je risque au plus près les harmoniques rebelles de la roche, chevauchant les vagues pour conjurer le danger, l'autre destinée qui n'aurait plus d'âge et me conduit . Leurs assauts y sont assourdissants, irisés. Elles déferlent et clament l’ode à la vie, au mouvement, à l’orbe immuable des choses que la nature défait et recompose à sa guise dans les plus beaux ravissements qu'il nous soit donné de contempler depuis l’éveil des sens.

C’est un retour en enfance où l'azur a des parfums d’écume fascinants qui se répandent comme l’encens une seule fois révélé ; et au-delà, un monde merveilleux, un oasis ceint d’arcs-en-ciel que la chevelure des messagères  retient et éploie jusqu’à l'alliance et le frisson.

Ces îles - comme une dernière main tendue et que la conscience espère au bout du rouleau, une main déjà rêche, éternellement blonde ou tout simplement insaisissable -  s'offrent en partage à l'agonie d'une illusion, à la naissance d'une certitude... et puis elle se retire, impitoyable comme le ressac, la baïne, le sable mouvant, un adieu qui nous emporte. 

Est-ce un phare dans la nuit, réduit à l’infiniment petit, au sein de la mer, un îlot qui veille et retient un rêve d’existence, l’extrême souffle de survie que l’oiseau cueille et s’accorde du bout des ailes vers la migration des anges ?
Il était une fois un "petit prince" que la mer avait poussé sur les flots. Il y découvrit après mille errances une très belle île et la reconnut... Alors que les vagues l'esquissaient, la bénissaient tout autour, de l’aura de jours nouveaux, le soleil n’en finissait plus de se lever et de se coucher afin qu'à jamais il ne connût la peur, la crainte de la nuit et n'entendît le chœur muet des hommes atterrés, demeurés si loin de la mer, du désert et de leurs îlots d'abondances vêtus d'eau et de vents

1 ère Ecriture le 7 Juillet 2011

 

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A Testa

 

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Lavezzi

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 A Tunnara