( ... ) Patience. Choisir d'habiter près d'une lampe, c'est tout de même choisir la couleur de sa vie. Une lumière violente fait écran. Ici, entre les lueurs et les ombres on doit pouvoir avancer lentement. Peut-être vaudrait-il mieux flamber d'un coup, vivre en torche, se consumer dans un éclair de folie ?
Mais la folie est dehors qui hurle. Il faut résister. Faire le poids. J'allume ma lampe. La lumière coule sur la table et d'objet en objet gagne ses positions. Des ombres se prennent à vivre intensément, comme un regard. La limite du cercle est imprécise. Il faudra y aller voir. Avancer les mains.
Je n'en finirai pas d'errer entre l'ombre et la nuit. C'est de la complaisance.


(...)

 

L'aube dans peu de temps. Une fois de plus la prière des autres la fera naître.
J'ai tenu ce fil improbable. Veiller, le cœur obscur, veiller encore, vieillir, près d'un reflet, près d'une fragile tempe bleutée...

Pourrai-je dormir avant minuit ? Le vent appuie à la fenêtre. La lampe est à nouveau lointaine. Pour approcher, il faudra aller au bout de la sécheresse. Ne retenir de soi que le tremblement extrême.[...]
Mais aux pires moments je sais que rien au monde ne pourrait m'obliger à partir. Quelque chose ne se dément pas : L'impression que je suis ici à ma place exacte. Pour le reste l'incertitude, qui me mène désormais si droitement, ne s'empâte pas de mots inutiles, ne se laisse pas séduire. je ne cesse d'en sentir l'aiguille. Tout est sûrement plus simple que je le crois. Il faut dormir. Souffler la lampe.

(...)

Il y a une chose dont je suis sûr : cette lumière connue dans l'enfance, pour la retrouver maintenant, il faut s'appliquer tous les jours à vivre dans la plus grande incertitude.

(...)

Il y a des mots qui se mettent à flamber dans la nuit. Au matin souvent je les retrouve en cendres. Quels mots faut-il inventer, qui flambent à chaque fois qu'on les regarde ?

 

JEAN-PIERRE ABRAHAM  - ARMEN -

EXTRAITS

 

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voir ce lien - 2009 - :

http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=307017&pid=13741603

 

Voilà des années que  le Site CORSICA...GO56 évoque le sort tragique des Phares, sur l'Île de Corse en tout premier lieu mais aussi ailleurs, sur le Littoral Continental ! Aurais-je été entendu ?

Les idées développés dans maints articles auraient-elles germées dans l'esprit de quelques décideurs éclairés ? Je le souhaite vivement ... Ce serait le début d'une régénerescence de l'idée de Nature, de Patrimoine, une preuve tangible de réappropriation de ces pans de Culture allant bien au-delà des clivages politico- clanistes qui affectent tant le quotidien, une nature et ses vestiges perdus, menacés ou toujors délaissés !

Il en est ainsi des Phares, des édifices anciens, des fortins et des Tours ou autres éléments du Patrimoine qu'il convient de réhabiliter à des fins culturelles  dans le sens le plus large de cette acception !

Que ces volontés s'affichent généreusement, redonnant à la Terre et aux acquis vertueux des hommes la grandeur passée, présente et surtout  à venir et que la connaissance garantit comme le seul témoin viable d'un Progrés plus que maîtrisé, intégré  à l'environnement et ses spécificités Insulaires. Les Phares reconvertis, rénovés, enrichis d'un supplément d'âme tourné vers la mer, la terre, la montagne, l'enfance, que pourrait-on rêver de mieux pour ces bâtisses emplies de promesses enfouies par un choeur de femmes et d'hommes ?

Que les rivages de l'Île de Corse portent haut et loin le chant des Siècles, la joie de l'accueil et aussi la reconnaissance imprescriptible d'une entité que les témoins de l'éternel ont veillée et protégée au-delà de tout, jusque vers ces éclats d'île comme a Giraglia, Lavezzi enserrant un songe...

Que ces hauts lieux recoivent les attentions dues à la mer de nos vies !

En hommage à la noble et sage décision de réhabiliter les Phares, Corsica...Go56 vous adresse un récit, une pensée d'Auteurs et d'Ecrivains. Ils ont été marqués très profondément par un faisceau de lumière posé sur la mer, comme une révélation d'une vraie fraternité, par-delà les vastes mers. Une invite incessante aussi que les hommes de bonne volonté se font des Îles et que seuls les vents libres dominent et osent façonner .

Pertusata, Sénétosa, Revelatta, Alistru, Lavezzi, Sanguinaire, Chiappa, Pertusatu, Isula rossa è tant'altri,

 

IN MIMORIA - MARIN -

Que le " cercle de la solitude " se commue en aires de rencontres, d'échanges et de connaissances

 

" Une infinité de phares accompagnent la ronde éternelle des nuits autour de la planète... San Juan de Salvamento, le phare le plus isolé du monde, Islote Evangelistas à l'entrée du terrible détroit de Magellan, Spectacle Reef sur le grand lac Huron, Baagoe dans le Jutland, Huaniaoshan sur le Yangtsé, Utö en mer Baltique, Psathoura Alonnisos en mer Egée, Tiritiri Matangi en Nouvelle-Zélande, sans oublier le phare du Rio de la Plata déménagé à Punta Del Este parce qu'il dérangeait les otaries ... Cette chaîne incessante d'éclats et de lueurs marque la solidarité des hommes .

Je ne sais si ces cris de lumières sont perçus depuis les lointaines étoiles mais quand un bateau les reconnaît en mer, les marins ont la sensation que la terre est plus proche et qu'on leur tend la main jusque sur l'horizon.

Une balise lumineuse est un simple repère ; un phare fait toujours chaud au coeur. Tous les marins du monde peuvent compter sur eux parce qu'ils n'ignorent pas que derrière ces feux, ils y a les hommes .

Il n'y a pas si longtemps, quand un chalutier rentrait de la pêche, en Bretagne, dans le Finistère ou dans le Morbihan, il était souvent mené par un Kerlo'ch, un Le Barf, un Quéméré. S'il s'alignait sur Armen et ses trois éclats blancs, sur la Jument et ses trois éclats rouges, ou sur les Roches-Douvres, ou, encore le Créac'h à Ouessant, il y avait toutes les chances pour qu'un de ces phares soit " gardienné " par un autre Kerloc'h, un autre Le Barf, un autre Quéméré.

A moins que les deux hommes, le pêcheur et le gardien ne soient des Kerfriden. Et quand c'était Kerloc'h sur un bateau et Kerfriden au phare, c'était la même parenté ou la même famille : celle des gens de mer.

Qu'ils soient plantés à la Pointe de Raz, au bout du monde, en Corse, qu'ils soient gardiennés par des hommes ou des femmes, tous les feux demanderont toujours le même dévouement. Est-ce qu'un ordinateur gère l'abnégation ?

Qu'il s'agisse du Northem Lighthouse Board d'Ecosse, de la corporation des phares de Trinity House, issue des droits de balisage familiaux que le Lord Grand Amiral offrit jadis à sa Royale Majesté britannique, ou au centre de contrôle des Phares et Balises, de Brest, de Porquerolles ou d'ailleurs, la chevalerie des phares a toujours mis un point d'honneur à faire son devoir. Dans la lutte incessante des hommes et de la mer, la veille électronique peut-elle remplacer les gardiens et les maîtres de phares ?

La solitude circulaire qui impressionnait tant l'empereur Marc-Aurèle est le lot des gardiens mais la " Sphère parfaite " d'Empédocle, c'est peut-être le phare .

 

Pierre PAOLINI

Les Maîtres de Phares

Le Cercle de la Solitude

Pages 213 - 214

Edition : Glénat

 

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SENETOSA