Coup_de_Vent_sur_Vintilegna

 

En cette fin d'été, à l'orée de l'automne, quand la mer exhale encore une haleine chaude et doucereuse, on ne saurait imaginer le tumulte de ces flots de grains que les vents transportent et convoient depuis le large, venus s'abattre de tout un jour pour laver l'air des étés et des mois chassieux.

J'admirais sans me lasser la course folle et effrénée des vents et des orages qui couvraient de si vastes distances, se disputant tour à tour l'air du temps, tant d'illusions, méprisant nos caprices de sociétés gâtées  ...!

C'est le charroi immensurable des vents qui, sur les îles, orchestrent et façonnent de concert le théâtre et les scènes de la nature rendue à ses solitudes et à ses splendeurs hiémales.

Et l'on sentait encore plus intensément la prégnance de ces intervalles sursitaires que la lumière déclinante distillait au gré des nuages, de l'obscurité impatiente et languissante du solstice redouté.

Ce fut un jour à part ! Maestrale ou Punente dit-on ici, des noms qui chantent, qui clament et portent si loin l'âme d'une mer tellement bleue ; Une allégeance partagée au coup de vent où de longues heures ont oscillé entre les grains, l'azur et les éclaircies, quand chaque parcelle de mer et de rivage se vêtait de mille parures de pierres grises, de jaspes et de soieries précieuses.

La houle grondait en percutant de plein fouet les Îlots. L'éclair tonnait emplissant l'univers de mystère et de crainte et ce havre de paix et d'insouciance qui berçait Juillet et Août devenait austère, grave comme la haute steppe, révolté, presque rebelle, comme s'il eût ordonné, enjoint aux vents de se réapproprier des lieux jalousement gardés, impunément envahis ou trahis.

Mais, d'anarchie, de chaos, il n'en eût toléré d'autres qui ne fussent siens, propulsés vers les cieux depuis la citadelle des montagnes qui attisaient la rage des Bouches, indomptable, le Libecciu !

Alors, les bourrasques et la roche ont loué ces instants de clartés, l'apothéose enfin concédés aux vagues, à leurs artifices, à leurs derniers sacrifices d'écume et d'embrun, à ces cauchemars de séracs brisés rendus à l'immensité.

Le soleil sut alors jouer avec la noirceur des grains sur fonds d'îles perdues. Chargés de pluie et de grêle, ils offraient aux quatre points cardinaux des arcs-en-ciel majestueux, des rais foudroyants de couleurs et de vérité; les vents en avaient décidé ainsi aux commencement des îles !

Les plus hautes vagues que les rayons du soleil transperçaient, retenaient avec la risée leurs diaprures émeraude et, la vie, le mouvement, les cieux s'animaient d'une divine osmose à laquelle chaque élément s'abreuvait. Un tout impénétrable, indissociable comblait de merveilleuses attentes une à une révélée, probables, presque évidentes, inéluctables comme la naissance du croissant au berceau des étoiles.

Oui, les vents faisaient et déliaient le Ciel, les cieux, le jour et aussi la nuit alentis bien qu'il fût midi au soleil. Ils brandissaient leurs atouts magiques et sans limites qui les destinaient à la féérie, qui invitaient à la rêverie, au chahut de tous les sens. Avec eux, le temps fluait à la source de l'eau, en jaillissements d'instants luminescents. La tempête dénouait à l'infini son écheveau d'espérances ...

Ensemble, je leur sais des talents immortels d'artisan du monde, d'alchimistes de l'univers aux légendes cristallines qui terrent et arriment si profondément les hommes des grands espaces; les hommes libres que plus rien ne saurait servir.

Ils consomment la lente métamorphose de l'éternel, s'évertuent à accompagner tous les désirs de la vie, l'algorythme miraculeux de la lune et du soleil ; ils sont maîtres de l'éclosion, essaiment sans frontières. Leurs compositions frisent le gel, figent le sel, fondant toujours à leur guise les pouvoirs de la matière où l'on se confond à tout jamais, perpétuel recommencement.

J'errais, vague ou dune insaisissable des déserts, au coeur de la foule, dans la rondeur odorante des vents  ...

Que le vent soit et c'est la nuit qui cède au jour, le jour aussi qui se couche et se blottit contre la nuit, sitôt bordé ; une promesse exaucée de départ ou de retour, la valse de la pluie et du beau temps, une myriade de dictons au chapelet des marins et des hommes de la terre que la campagne et le flot égrènent à perte de vue, jusqu'au temple englouti des années et des cathédrales de voiles...

Sculpteur à l'imaginaire intarissable, à l'âme féconde du voyage, du passé, le vent s'en ira avec l'eau vêtir la terre entière des plus étonnants édifices de pierre, les forêts si diverses, les glaces immensurables. Et la lumière perlant des volutes de nuages, tombée en faisceaux indicibles que le cosmos régule depuis les astres, apaisera encore lentement le souffle obscur de l'invisible, de l'impalpable commué en vagues galbes lascifs et joueurs...

Je traçais vers le large quelques velléités de fuite et je voyais en voguant la mer du vent s'offrir librement tant de rêves de prairies vertes, ondoyer aux champs et aux vallons enneigés, ces voiles diaphanes de brume qu'un avril octroie aux derniers frimas, des rivages sans limites qu'une seule et unique avalanche de blancheur ceignait comme une aura, une pluie d'étoiles .

Oui, contemplez l'aura des îles que les vents composent en jouant et en s'enivrant de leurs lyres, quand les muses, les sirènes et les saints s'ébrouent aux fontaines des nimbes ...

et lorsque les cimes leurs accordent un céleste violon aux archers de pierres acérées sous les camées du ciels, ces visages d'outre-tombe, alors une île chantonne comme celle que l'on fredonne déjà vers les lointains, fabulant inlassablement l'enfance libre des songes. Les souvenirs impérissables s'envolent attelés aux ailes blanches du plus haut des oiseaux que les vents dessinent ...

 

MARIN

1 ère Écriture le 21.09.2011

2 ème Ecriture le 17.04.2012

 

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