Deux passages pathétiques d'Arthur KOESTLER tirés de son livre magistral : le ZERO et L'INFINI, lorsque l'Auteur recourt à la Mer au seuil de l'éternité ...!

 

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les plus grands psychologues modernes avaient reconnu comme un fait l'existence de cet état et l'avaient appelé " sentiment océanique ". Et en vérité, la personnalité s'y dissolvait comme un grain de sel dans la mer ; mais au même moment, l'infini de la mer semblait être contenu dans le grain de sable. Le grain ne se localisait plus ni dans le temps ni dans l'espace. C'était un état dans lequel la pensée perdait toute direction et se mettait à tourner en rond, comme l'aiguille de la boussole au pôle magnétique ; et en fin de compte, elle se détachait de son axe et voyageait librement à travers l'espace, comme un faisceau de lumière dans la nuit ; et il semblait alors que toutes les pensées et toutes les sensations, et jusqu'à la douleur et jusqu'à la joie, n'étaient plus que des raies spectrales du même rayon de lumière, décomposé au prisme de la conscience  (... )

 

Pages 305 - 306

 

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Un second coup de massue l'atteignit derrière l'oreille. Puis tout fut calme. C'était de nouveau la mer et son mugissement. Une vague le souleva lentement. Elle venait de loin et poursuivait majestueusement son chemin, comme un haussement d'épaules de l'éternité  ( ... )

 

ARTHUR KOESTLER

Page 318 - Livre de Poche

FIN

 

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