Insulaire ! Serais-tu conquis par l'immuable, l'outre temps, les vents traversiers qui nous enlèvent, aussi fous que le Suroît de l'Iroise, le vent doux qui submerge le plus haut des phares juché au bout de la terre ?
Oui des bourrasques déraisonnées ont balayé une Île et ses forfaits. Mais qui d'autres en auraient inspiré, respiré, avalé de grès ou de force le souffle vital en ces solennelles journées que la terre enfante loin du tumulte argenté des hommes ?
Époustouflants, terribles, à sillonner, à raviner, à buriner la terre et le tuf, les rafales ont dépassé le humble élan de fidèle à l'azur des marins. Il a plié et ployé comme l'olivier et le chêne !
Certes, ces arbres n'ont pas rompus leurs amarres de rochers mais dans la nuit il neigeait des milliers de rameaux parmi les étoiles filantes, emplissant la plaine et le coteau du cri des silves. Il regardait les vents fuir et abattre avec les nuages tandis que la lune pleine de Janvier veillait aux grains sur les montagnes. Certes, il s'est hasardé confiant un instant le destin à l'onde hiémale, à l'horloge fluide des temps et la tempête soudaine qui naissait vers le Ponant l'a emporté avant la pluie, avant que la nuit ne tombe sur ces soupçons d'Île qu'il décernais avec peine...
Des chiffres, des mesures, il n'en est point besoin ni question ! Que voudraient-ils dire ou conter si ce n'est un record, un défi, une mesure allant à l'encontre de la liberté des vents et des éléments ? Non, ce n'est pas là l'essence de la Tempête ... " Andréa ", peut - être ; un petit nom pour un épisode hors du commun quand se déchaînent les puissances obscures et tonnantes des ciels ... Rarement une île n'aura autant ressemblé à l'étrave d'un gigantesque voilier fendant le flot et la lame de la Grande Bleue ! Des sommets, les volutes et les nimbes virevoltaient pour finir en panaches de nuages façonnés par les violentes rafales. De la Côte et ses Rivages, il n'aura vu que splendeurs et beautés mais partout où l'homme s'est imposé à la grève, l'image du chaos prévalait au lendemain d'Andréa ... Les vagues étaient si espacées, coiffées par les Aquilons, qu'elles emplissaient toutes les baies du souffle lointain et opaque de l'ouragan ; quelques degrés à la rose des vents suffisaient à ralentir le temps et sa lumière. Ces moments sont pour lui une révélation, l'autre guérison !

 

Marin

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