A partager, ces vers magnifiques de Lamartine ... Puissent ces images du Couchant, du Ponnant insulaire les honorer et en traduire la magnificence !


DSC07274

L'Hiver, l'Ouest, Vintilegna, une Île


L'OCCIDENT

 

Et la mer s'apaisait, comme une urne écumante

Qui s'abaisse au moment où le foyer pâlit,

Et retirant du bord sa vague encor fumante,

Comme pour s'endormir, rentrait dans son grand lit ;

 

Et l'astre qui tombait de nuage en nuage

Suspendait sur les flots un orbe sans rayon,

Puis plongeait la moitié de sa sanglante image,

Comme un  navire en feu qui sombre à l'horizon.

 

Et la moitié du ciel pâlissait, et la brise

Défaillait dans la voile, immobile et sans voix,

Et les ombres couraient et sous leur teinte grise

Tout sur le ciel et l'eau s'effaçait à la fois ;

 

Et dans mon âme, aussi pâlissant à mesure,

Tous les bruits d'ici-bas tombaient avec le jour,

Et quelque chose en moi, comme dans la nature,

Pleurait, priait, souffrait, bénissait tour à tour !

 

Et vers l'Occident seul, une porte éclatante

Laissait voir la lumière à flot d'or ondoyer,

Et la nue empourprée imitait une tente

Qui voile sans l'éteindre un immense foyer ;

 

Et les ombres, les vents et les flots de l'abîme,

Vers cette arche de feu tout paraissait courir,

Comme si la nature et tout ce qui l'anime

En perdant la lumière avait craint de mourir !

 

La poussière du soir y volait de la terre,

L'écume à blancs flocons sur la vague y flottait ;

Et mon regard long, triste, errant, involontaire,

Les suivait et de pleurs sans chagrin s'humectait.

 

Et tout disparaissait ; et mon âme oppressée

Restait vide et pareille à l'horizon couvert,

Et puis il s'élevait une seule pensée,

Comme une pyramide au milieu du désert !

 

O lumière ! où vas-tu ? Globe épuisé de flamme,

Nuages, aquilons, vagues, où courez-vous ?

Poussière, écume, nuit ! vous, mes yeux ! toi, mon âme

Dites, si vous savez, où donc allons-nous tous ?

 

A toi, grand Tout ! dont l'astre est la pâle étincelle

En qui la nuit, le jour, l'esprit, vont aboutir !

Flux et reflux divin de vie universelle,

Vaste océan de l'Être où tout va s'engloutir !...

 

A. de LAMARTINE

Nouvelles Méditations Poétiques

 

 §