" Les hommes oublieront, mais Dieu n'oubliera pas " 

Anton TCHEKHOV

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Je voudrais être, le temps d'un regard, une touche de pinceau sur fonds d'azur, un peu poète ; à défaut du peintre, esquisser à vau l'eau, à l'ébauche des mots, au coeur de l'iris, quelques aquarelles ; ces lavis et ces pastels qui vont évanescents sous le ciel de Balagne conter l'été, souligner les pierres, les murs des terrasses d'antan, l'argile des paillers.

... Août, écrasé de chaleur feignant mille mirages et du désert mouvant et bleuté, des dunes de la mer, se prend à dessiner une Île au fusain... Elle danserait, bruissant comme une oasis aux chants de tous les vents.

Comment rendre ces palettes ocreuses, ces cascades perses, les ors de la terre sans évoquer les camaïeux ultramarins que rehaussent et frangent les vastes étendues de cistes roussis. Le soleil darde de terribles rayons, la terre crépite, le flot palpite ; entre l'olivier qui suinte de fraîcheur abandonnant à la brise sa chevelure souple et épaisse et l'embrasement  des champs de cistes, la mer et la terre déclinent à l'infini, jusqu'aux ciels leurs bouquets d'immortels-les.

Le souffle musqué du Libecciu ondule dans l'Ether ; je file sur l'eau translucide un brin de légende au seuil des forges de Vulcain. Aux pieds des cyclopes de porphyre, pareille à l'Olympe, Kalliste tutoie les dieux... En ces arènes de Genèse où des tombants de blocs hallucinants avalent la mer, il me semble être d'un voyage qui n'auraît plus d'âge, sans fin, perpétuellement recommencé !

Je reviendrai un jour parcourir les sillons de la mer de Ligurie que la terre creuse en naissant, rêver de vagues et de grands chevaux blancs emportés par la houle et les manteaux écumeux de l'hiver ...

Pour dire toujours aux hommes de passage : " laissez mûrir le verger, fleurir le rivage ; il est des espaces célestes qui ne peuvent être l'exclusive de l'éphémère et du faste, de certains ."

 

Un jour en Balagne

1 ère Écriture le 03.08.2012

 

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