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" ORMA ", L'Empreinte ! Un seul mot et l'existence qui vacille sur la vague mais ne chute pas ... 

" Le silence se confond avec le temps. Et le temps, le silence, la vie, la mort sont les vérités qui m'entourent. "

Julio Villar GURRUCHAGA 

 

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"  La mer, l'inextinguible, l'irrepressible  conscience d'être, de passer et de renaître au large ; ô radieuse aurore, enlève-nous " ... 

MARINARU

 

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Un éblouissement à l'éclosion, à l'orée hiémale d'un Pays, à la source d'une Terre d'Ex-Île, qu'importe la saison... Il neige en ce Choeur à Ciel ouvert !

Un autre regard, l'horizon aux desseins d'un ultime songe, d'un voyage au bout du monde. Serait-ce déjà la nuit obscure, l'errance perpétuelle ?

_ Mais de quel horizon parles-tu, que dis-tu, pourquoi m'évoquer la nuit ?...

_ Je te dirai l'envol vers le Grand bleu et ses moutons innombrables, la voix polyphonique du chant, sans barbelés ni ac-cros. Quelques vols planés comme ces étendues d'où l'on verrait mieux encore, au-delà de tout, dans le dénuement, le dénouement radical et abrupt d'une interminable rive poindre l'âme d'un passé fondamental, toujours vivace, régénérant, essentiel.

_ Il ne serait alors plus question d'une gesticulation étriquée auréolant, gratifiant le corps, ou ce qui reste à jamais périssable mais qui sait, d'une approche, du  noble " véhicule " susceptible d'alléger l'être des contraintes, des entraves et des boulets qui exhortent leurs cortèges d'allégeance à l'usurpation du paraître.

_ Mais alors, pourquoi, pour qui toutes ces images, la mer, toujours la mer, le bleu, les vagues animées des couleurs de l'instant, d'une vie si lointaine, insaisissable tant elle flue ?

_ Parce que dans la plénitude, l'accomplissement d'un sillage, on contemple à l'origine du système des choses un brin de racine qui sourd, la preuve tangible de l'étant, l'ellipse en son immanence prodigue, la renaissance qui va comme ré-volution, la Liberté, cette seule Vérité, vaille que vaille...

_ Soit, alors parle-moi de ce bout de terre, du bout du monde, de cette Île montueuse et secrète délinéant l'espoir des cimes aux chevelures de vents !... On dit là-bas qu'ils dévaleraient les vallées, coiffés de tourbillons d'embruns et d'écume de neige en convolant avec les flots, épris de la liesse des rivages amènes !

***

 

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Non, je ne verserai ni dans le lieu commun estival, ni dans l'inaccessible fantasme de l'aventurier en mal de vagues ! Qu'importe, lorsqu'à deux pas d'un chez soi commun gronde et tonne l'onde écumante de la mer, quand les vents tempétueux empruntent  inexorablement et d'où qu'ils viennent le goulet forçant l'étreinte de deux Îles et que la géologie, la tectonique, comme le temps auront à jamais lauré d'un bras de mer puissant, lumineux, étincelant sous le ciel changeant de Novembre.

La terre est ainsi faite, fuselée, presque levée, debout, allégorique avec son terrible doigt pointé vers la Grande Ourse ; un cap gigantesque lorsqu'il faut compter les heures de voyage pour parcourir les quelques dizaines de lieues qui en font le tour à haute altitude. C'est à travers un domaine dédaléen de tracés ancestraux inextricables, foisonnant de chemins, de traverses, de toutes petites voies teintées des revêtements ocreux et grenés d'antan que Capicorsu confie ses harmoniques.

La nuit sans lune plonge les hameaux dans le gouffre noir de la mer devenue invisible, encore plus pregnante. Et leur clocher vacille, dilacérant les nuages tandis que le vent fou et doux, u Libecciu, remonte furieusement le long des côtes de a Balagna. Il bute contre la grande barrière de montagnes du Cap et ne se libère de l'étau diabolique de porphyres qu'au tournant du majestueux Cap Sagro, de Capicorsu.

Ce haut lieu de passés et d'histoires, de pastoralisme fécond que l'azur revêt du silence et des solitudes des vastités azurées. Parmi les moulins blessés, aptères, à l'approche de ces villages qui ne sont plus que vestiges aux visages vénérables, je m'incline à la mémoire du labeur d'antan, des hommes tombés pour la Liberté et l'autonomie fondatrice des justes.

 

 

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L'oubli y a parfois ces relents d'abandon, d'anarchie révoltants. Mais ce qui jure et choque durement, qui lacère la terre du fouet impie de l'arrogance demeure le diktat du béton, de la mélasse négationniste, de la saignée outrageante à la glèbe.

En effet, comment trahir et consommer le transfuge à l'encontre d'un territoire de schistes et de roches métamorphiques aux ardoises, aux gneiss micacés, aux serpentines, aux gabbros sublimes et à tant de moires chatoyantes ? une telle manne qui aura donné de si belles architectures aux hommes, se voit-elle couverte des hideurs cimentées, des rectitudes grises de l'aggloméré, du fer rouillé des hangars acérés ?

Sans doute, le renoncement à tout ce qui fut d'indigent, de rusticité, d'abnégation vécue par les Anciens pour lui substituer l'aise et le grégarisme, le conformisme et le modèle confortable et rigoureux des temps modernes ; une autre époque, incompréhensiblement inadaptée aux charmes, aux fards spontanés d'une Île à part ! La pierre et le bois ne s'assortissent-ils pas de la plus belle des façons à l'ouvrage, aux trésors des métiers disparus ?

Ce sont ici d'immenses et pleines étendues de monts et de collines, de coteaux verdoyants, d'abrupts rocheux, de vignobles et de pampres, de taillis et de maquis que l'on voit plonger vers les brisants. Il flotte comme un parfum de Landes écossaises tant l'intérieur du pays verdoie, moutonne et ondoie. Les crêtes arrondies accrochent un épais manteau de brume, de brouillard, de volutes ouatées que les vents étirent et cardent vers l'autre côte. J'aime ce pays austère, si franc ; je m'y promène souvent et y consacrer ces lignes me ravit et me comble lorsque je m'assieds au bord du temps. 

L'horizon se découvre violemment au détour de chaque chemin et l'on y sent battre son coeur à chaque fois comme s'il en eût été d'une grande et jeune émotion, d'une rencontre avec le jeune âge, un printemps.

Mais quand se dessine en filigrane, aux confins d'un regard chargé de flots, le sillage immaculé d'une pensée, d'une échappée, d'un envol solitaire et serein vers les îles, autour d'une terre de racines, alors je sens monter au diapason de la houle, des vents insulaires et bleus l'ivresse de l'insignifiant brin de conscience que j'incarne, ici, emmené sur ce vaisseau cosmique sur lequel nous croisons tous pour un temps qui nous est mesuré.

Et là, comme s'il en eût été d'un calepin, d'un journal de bord sur lequel eussent figuré deux dates, je vis une bordée existentielle que des mots, aussi sophistiqués et abyssaux qu'ils pourraient être, ne sauraient dépeindre.

 

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Une virée solitaire, soit ! d'aucuns penseront que c'est un choix résolu, définitif, sectaire, de marin bourru, je ne sais encore ... Sans me faire l'avocat du diable, je leur dirais alors qu'ils se trompent et que bien souvent j'en appelle à la main tendue, à ces moments à partager ensemble vers ces lieux de pleine initiation à l'essentielle beauté, à la franche révélation des joyaux de la terre, à ces aventures humaines qu'une lame ne pourrait trancher. Mais je puis aussi vous dire que l'unicité n'est pas un frein, un obstacle et il me serait insupportable de renoncer à ces dérades insensées, déraisonnées si la solitude devait en constituer la moindre entrave, l'obstacle majeur m'interdisant toutes les issues de l'expression libre, de l'engagement total. Et c'est en ces moments-là, en ces termes, aux risques et périls très conscients d'une existence entamée et fragile que j'attribue à ces sublimes ouvertures le charme de l'inhabituel, l'euphorie de la rencontre, l'étonnement et le merveilleux d'une confrontation avec la vague vierge, dût-elle m'être vampe fatale.

 

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En ces moments-là, les vitraux donnant sur le Pays, les Hommes, tant de scènes passées, la Culture, la Foi, transmuent un  monde à part, empli des métamorphoses de l'au-delà. La Foi qui ici semble n'avoir jamais été sevrée des servitudes et des angoisses de l'inachevé, des joies de la mer au jour enfin espéré et louangé du retour, de la paix, de l'attente vaincue que les Îles lovent comme un lien au coeur de l'âme, la Foi devient illumination pour l'iris d'une Pensée. 

Cette terre envers laquelle il  nous a été donné de voir et de circonscrire les invites multiples et incessantes de la spontanéité, les secrets que les hautes montagnes essaiment, leurs splendeurs mystérieuses forgeant, forçant le chant, le calme des vallées commandant aux champs arables, l'abondance des torrents jaillissant de limon et d'arènes qui nimbent tant de rivages.

 

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Et comment vous dire les féeries, l'alchimie de l'étant et du vivant qui à vos pieds déroulent et animent les miracles de Genèse... Ces éléments qui ne connaîtront le Chaos qu'aux prises hélas ! avec l'homme conquérant et méprisant à son égard, s'érintant dès lors qu'il est livré à des luttes incessantes, entre soumission et opprobre !...

Ce jour-là, tel un rêve, un songe, une folie je me levais et voyais naître sous mes yeux une petite Île dans la mer ; un île verte, schisteuse, abrupte, un soupçon de Marquises, " quelques vieux chevaux blancs à l'entour y fredonnaient Gauguin " !... La mer fumait ; aux tournants de la terre, u Libecciu soufflait en tempête et obliquait, semblait rugir et fondre des montagnes hérissées de vents froids et de blancheur. Lentement, le voile nacarat du ciel envahissait ce théâtre et je n'avais d'yeux que vers ce point défiant l'immensité, que les lames embrassaient.

Des Maîtres de phare y vécurent longtemps, l'édifice témoigne  encore : une  lentille automatisée, un feu à éclats toise la vieille tour génoise de guet. Au loin, on devine d'autres places-fortes, on sent peser le regard cave et envahissant des témoins de l'éternel dont les pierres ont été comme vulcanisées, soudées par l'érosion, le sel et les bourrasques dantesques.

J'augurai alors du pire, de ces courants violents halant vers Capraïa, plus à l'Est vers l'Archipel Toscan, sous le vent, et que les rafales, les tourbillons d'embruns tamisaient dans la tourmente. Je ne voyais pas d'oiseaux, ces compagnons qui m'eussent alors accompagner ! une sidérante solitude remontant des abysses du vent et de l'azur, une séduction outrancière qui n'aurait certes pas été à la portée d'une vaine âme en perdition dans ces parages hyémaux m'envahissaient jusqu' à l'euphorie, un état second, une sorte de contemplation mystique... 

 

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Alors, une fois sur l'eau, je traçais, loin, je fuyais très loin. Je regardais monter la houle lointaine au détour des pointes, des fonds, comme un coeur, un chant en canons ; l'inconnu me livrait les largesses de l'émerveillement, ces quelques arpents de bleu ourlés de galbes sibyllins, cristallins, rugissants et que je me mis à parcourir comme un fou, ne pensant plus à rien et en écoutant chantonner le sillage d'une seule pensée : " être ou ne pas être " , " l'infiniment petit égaré dans l'infiniment grand " !...

Scène quasi Pascalienne où le Pari s'engage non avec soi, ou face et contre l'homme, mais bien avec une partition de l'énergie de l'Univers à jouer. Et oui, la mer est ainsi faite et qui menace aussi dans un verre d'eau, une goutte !

Quand aux élucubrations des Médias et autres chantres argentés de l'Images bien outillés, du Film numérisé qui rapporte gros en Corse et ailleurs sur fonds de nostalgie et d'écologie soudoyées à l'encan, ils n'auraient ici, avec moi du moins,  pas leur place ; pour en avoir côtoyés, de ces gabarits torves et fielleux qui n'hésitent pas à flouer l'Insulaire pourvu que l'on serve à loisirs leurs desseins de production plus que juteuses.

En ce modeste et humble espace, je tiens à rendre le témoignage non de la seule emprise des sens mais avant et surtout des termes proches de l'évocation, de la narration épurées et dépouillées. Un coeur rivé, épris d'une Terre de partage et aussi d'amour s'y livrerait avec sincérité ; car qui prétendrait dénigrer Socrate quand il invoque la main que beauté et amour se tendent étayant par là le moindre filet d'existence et de sagesse, sur la voie de l'Immortalité de l'âme, de la conscience apaisée prête à emprunter la voie du silence.

Ah, la voile sauvage, une tranche d'aventure seyante, une folie, une randonnée nautique, une longue distance, juché sur une petite planche, lancé à travers et contre des vents de plus de 40 Noeuds, une mer démontée, des ciels, des lames soudaines, et tout à l'envi, les regards enamourés de la mer à la terre, de la terre à la mer alors que ni l'un ni l'autre ne faillent à leur pacte originel !... Il en est ainsi d'un songe, de la mémoire, d'une amarre que les vents de la liberté finissent par souquer... 

Mais de la mer, baigné de lumières, comme subjugué de clairvoyance, les pupilles avides de l'au-delà des monts et des merveilles de la nuit bleue, je m'insurge contre les verrues du tout béton, du mitage, du crépis moulant les rivages, de l'urbanisation anarchique et outrancière qui défigurent le profil, le visage délicieux du temps, des années prodigues où l'Homme et la Terre s'honoraient avec consentement au diapason et à l'aune des saisons, du fruit, de l'inéffable osmose que vient briser ici ou là l'impudente modernité et le tout argent infamant.

 

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Les guindeaux aux rivets de rouille ne chanteront plus et n'iront pas à l'amble de la joie haler la barque, relever la nasse et tirer le filet. Sur les quais déserts, les lames ont emmenés les gerbes de joncs. Le pêcheur hante l'azur, qui maillait et tissait le chanvre et le fruit de la joncheraie sauvage.

Mon Dieu, comme il fait froid au coeur d'une histoire sans fin que les vagues ramènent à la grève, obstinément, tels la seule vérité et ce présent qu'il nous soit donné d'aimer et de défendre, de saisir à la prunelle d'un seul et même regard acccompli : 

La Mer 

 

MARINARU

1 ère Ecriture, le 08.11.2012

 

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