Voilà bien longtemps que je n'avais abordé le sujet de la Santé, de la Préparation Physique, du souci du Corps que l'on ne pourrait dissocier de l'âme ou de l'esprit des chose visitées ; voici une libre-opinion, une contribution, à l'attention du Corps, à l'aube 2013, après la fin des temps !... Un nouveau cycle où nous renouerions vers les sillons fertiles de l'essentielle Nature. Nous y laisserions faire à leur guise la Vague, l'eau dans tous ses états, la montagne, le rocher et le sentier, l'animal porteur ou l'esquif que le génie, en chacun de nous, apprivoisera. Et la danse demeure à la source du geste et de l'émotion un élixir de bontés pour l'Être total que nous sommes, en errance sur cette terre : ô sursis du Corps, Passager !

!

 

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C'est un ami Belge qui, en visitant la Parenté, disait tous les 31.12 de chaque année : _ " Santé, Conservation ", en trinquant abondamment au Champagne ... Bien que l'anecdocte encourage à lever très modérément le verre, je n'irais pas jusque là. Mais il est un thème qui me tient à coeur et, Marin, vous en a déjà longuement évoqué les pans régénérants quant au devenir de notre santé et qui plus est, au sujet très controversé de la préparation physique qui prévaut face aux pratiques extrêmes et " déjantées "  dont nous visitons assidûment les coulisses... Ces folies, extra-vagances éthérées qui ne nous lâchent plus, fût-il au seuil du " vieillir ", sur le pont d'un vaisseau qui perd l'eau de partout, qui s'obstine à courir le flot du futur, à parier sur l'épreuve du Siècle ; ô gageure !

Il est un choix à faire ; non qu'il soit sectaire, exclusif ou imbu de certitude mais il demeure crucial, essentiel afin d'honorer l'adage  : " Qui ménage sa monture va loin " ! Or, aller loin est une étape quand durer le plus longtemps sans faillir relève de l'inhabituel !

Loin de prétendre orchestrer le devenir du corps et de ses contingences, il convient, quand cela s'avère porteur, d'éclairer nos pas par le jeu de lumières que constituent l'expérience et le partage, la fidélité. C'est pour cela que M56, Rider, vieux Prof décati et pourri par un quotidien obéissant aux habitudes des systèmes asservis rue dans les quilles et se lâche sans modération en bousculant les vérités qui sièent tant à la " Sclérose en Fiches ", aux pléthores de nommogrammes et Tices en tous genres exaltant la métrique rigide du Corps.

Ne voyez-là aucune discrimination, polémique ou accrocs  à l'égard de la science, du chiffre, des modèles, enfin de tous les gadgets mécaniques et restreints que nous livre la société de consommation opérant en profondeur à ces seules fins ou menées stratégiques déshumanisées. Il en est certes qui restent positifs, heureux quand ils appartiennent à la sage connaissance de l'humain et aux thérapies en cours qui avancent, à ses dispositions capables de cultiver remises en causes et acquis, sans le complexe et cela, tout en ménagageant les deux entités indissociables de l'être : l' Esprit et le Corps, le Souffle qui les anime.

Mais je dirai, comme le mémorable Jean-Marie Brohm dans la Théorie critique du Sport - entre autres exercices du Corps - , que le corps, vecteur invétéré et serve des Sociétés de sur-consommation et de production à outrance tombe dans les travers de la performance, du rendement, de la spécialisation, de la plastique exacerbée de l'apparence, et de tous les faire-valoir s'y attenant. Le Corps sacralisé, loué sur l'autel du denier, de l'image, de la forme et que les programmes embrigadent via le paraître et l'éphémère qui en sous-tendent durablement les mirages. Le corps, porteur ou cibles paradigmatiques privilégiées du Modèle Capitaliste, engrangeant et valorisant les vertus du Mérite par l'effort démesuré, l'abnégation sans limites que le classement et la distinction ordonnent et commandent rudement, brutalement, de façon tellement ostentatoire, quasi insultante ou infamante lorsque l'on bouscule les frontières de l'éthique, via le dopage et tant d'artéfacts miséreux  qui contrefont le mythe d'Apollon, les canons helléniques de la beauté et l'archétype de l'Amour, de la beauté ! Ah, Socrate, comment " se connaître soi-même  " en ce monde surfait des apparences niant le cours du système de choses ?

 

C'est en effet un phénomène conjoncturel caractéristique de nos référents économiques où l'image du corps se perd en conjectures ; digressions diffamantoires à l'encontre de ce qui doit rester Nature et décemment accompagné : notre potentiel, notre patrimoine corporel qui aspire à l'harmonie du monde qui l'engendre encore et toujours et qui nous entoure, nous habite et nous anime. Et ce corps là ne saurait prétendre à l'apostasie de l'être moderne, fausser ou compromettre radicalement ses chances de durer longuement en s'inscrivant dans les excès et les leurres d'un rouage prompt à le broyer, le soumettre, le tromper, le dévoyer bien souvent, malheureusement.

Le corps Nature est bien mort ; vive le Corps spectacle, le Corps Machine, le Corps outil, le Corps que l'on vend à l'encan ! Celui des vitrines et des affiches, séides des firmes de produits de jouvence qui le raviveraient d'entre les rides inexorables ; on y voit allégrement renaître les chairs, la jeunesse, la vigueur, un tout assorti de l'éternel sourire des gens heureux, des vainqueurs de l'American Way Of Life. La réclame bat son plein, les salles vouées au Corps sont bondées, les vitres suent, dégoulinent d'air condensée et la machine, l'appareil soulèvent mille fois leurs poids d'illusions glanées au pas rythmés du dernier tube, du contrat fait sur mesure et auquel on obéit comme au diktat social, industrieux et inébranlable. Lentement, l'Ecole préfigure et trace les voies du culte futur : le Corps, entité devenue prisme par lequel passeraient toutes les représentations du Monde accompli de la modernité, atome parmi la multitude d'atomes, l'esclave aux ordres de la norme, du modèle, de la mode ! Un corps formé à l'aune de l'industrie, apte à braver les cadences d'un nouvel esclavage, où il divorcerait indubitablement de la manne spirituelle en l'annihilant ...

La forme, les formes à coups de masse, de fonte, de Cardio, de VMA, de PMA, de % de FC,  mesures incontournable à l'aune de l'atome pulvérisé, de l'efficacité et que le LCD magique restitue comme vérité infaillible ! C'est en fait une grille, la nouvelle grille, cette donne ou la mise joue gros. Le corps sujet au temps qui passe, à qui l'on accorde quelques précieuses dizaines de minutes juchées entre deux Rendez-vous cruciaux. Et le corps servile, obéissant, brûlant malgré lui les étapes de la mise en route,  fustigeant la sérénité ou l'apaisement de l'âme qui le meut, dénigrant même les saisons et l'âge.

Dure destinée pour celui qui obéissait aux heures du soleil, chargé des nectars de la terre saine.

Alors, je reviendrai vous parler de ce corps à reconquérir, à tirer des arcanes sordides de la production, du capital, du fantasme, de ces faux-semblants que véhiculent à des fins cupides nos modèles imbus de croissance et de compétitivité. Car s'il est bien un domaine où ces dernières doivent s'effacer, cela reste bien au profit du corps, celui de la Compétitivité et du Rendement aveugles, intransigeants, oscillant aux antipodes de la sagesse et du devenir.

Rien ne sert de courir, nous nous acheminons tous vers l'usure ! mais marcher, prendre le temps de marcher afin que lentement nos pas connaissent l'harmonie et la quiètude du vieillir, du naviguer, de traverser chaque parcelle de l'espace - temps à la lumière des sens, au rythme cadencé et lumineux des années qui nous bordent et nous accompagnent là où nous pouvons tous aller : l'harmonie !

 

Marin

Le 31.12.2012 - 1 ère Mouture