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Je le regardais non glisser mais voler, ou presque. Le sabre qui fendait l'eau était bien sûr le moyen adéquat qui atténuerait tous les bruits, les chocs, les heurts avec le clapot. Sur une eau translucide, vert céladon, ce kiteboarder d'un certain  âge me confiait les difficultés qu'il rencontra à se hisser et à tenir ainsi en équilibre par les jeux de la vitesse et de la sustentation de l'aile. Les virages n'étaient pas aisés... Il me disait aussi le plaisir et les plénitudes de l'espace et du chant des brises, d'une hauteur et d'un regard inhabituels portés au-dessus de l'eau, dans les pentes, à l'approche du bord où même les petites vagues grandissaient et lui paraissaient déjà hautes, pentues.

Dispositif on dira abscons pour celles et ceux qui ne connaissent pas les énigmes de la glisse complexe, tractée et le rêve d'Icare. Léger, il l'était ; plus libre : sa quête nous le prouvait ; ce kiteboarder aspirait à plus de  fluidité, au silence des grands espaces. Il lui faudra encore longtemps se livrer aux contingences de la familiarisation, du perfectionnement, de l'aisance, du  cran pour toucher aux sphères de la maîtrise, d'une seconde nature qui le projetterons dans les airs, sur les hautes vagues, sans jamais craindre de décrocher, de subir un wipe out... Il y a sans aucun doute quelques inclinations poétiques à glaner en se mouvant ainsi sur les flots, à contempler de sublimes prairies verdoyantes à mille lieux du printemps ! 

Ce jour-là, j'enviais un peu cet homme qui nous livrait son aventure, son émerveillement, un moment d'harmonie sur l'Île de Corse et ses rivages lacustres de toutes les beautés ; il eût sans doute approché sans difficulté tous les oiseaux migrateurs de la lagune !

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