L'une aura gravé l'ombre des vagues spectrales des tempêtes - Tramuntana, Gricali - sur de hautes dalles rocheuses et polies ; Une autre s'est couchée aux furies obsédantes du Libecciu... La plus lointaine, très haute, défie le Maistrali  en protégeant la fuite du Marin vers l'Orienti. Quant à celle qui s'invite, si proche des plages de sable : elle éploie de vertes prairies aux douceurs des Îles, sous le vent des massifs et à la protection de la terre-mère qui la choie, l'abonde de limons, de sable et de semences...

La dernière, toute ronde et conique, affole la mer, dénigre le temps ! on en fait le tour comme l'on passe dans une vie, si vite, au seuil de l'isolement et de l'oubli ! "... Une Île, au large de l'espoir ... "

 

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Parcourons ces bouts de terres ex-îlés par la mer, dévalés des montagnes, emportés par le flux des siècles immémoriaux ... On observe en ces lieux d'abandon et d'extrême enclavement, des espèces endémiques d'une totale raretés qui poursuivraient leur interminable ascension vers l'adaptation, la survie, bravant l'endémie, recouvrant la préhistoire ! Les Îles de cet Archipel sont rigoureusement protégées, préservées, suivies aujourd'hui de très près et, c'est mieux ainsi. Dans peu de temps, cet archipel, - entre autres sanctuaires, hélas ! -  témoignera de ce que furent les rives d'une Île-mère jadis majestueuse ! 

On n'aborde ces fragments de géologie que du regard, en pensées, qui sait ? avec les vents ; et de là naissent quelques piètres mots qui les situeraient sans jamais prétendre à les décrire. C'est étrange, elles demeurent, disposées en un seul et vaste archipel. Une vigie, une sorte de rempart acéré et inaccessible, juché plus au large, s'étire en éclats, en îlets. Pourquoi ce regroupement et non l'éparpillement, ces formes et ces volumes baignés de bleu ?  D'où proviendrait le dessein de cet éclatement et la dissémination de domaines aussi hauts et imposants, si bas, au ras des flots, rappelant quelques arpents de terre- mère voisine ? Providentielles haltes dévolues aux oiseaux migrateurs encensant toujours les pèlerinages aux sources du chant général de la nature.  Quand elles dessinent de merveilleux jardins enclos, aux prairies marines inondées de toutes les couleurs d'un perpétuel printemps, il n'est alors plus aucun signe du hasard.

Entre les îles, les brises et les vents s'engouffrent et fraîchissent, générant mélodies ou hululements déchirants. Le Libecciu délire en ces parages et lève une mer courte, déchaînée, croisée ; les îles et îlots ourdissent quelques révolins meurtriers qui auront vite fait de précipiter l'embarcation audacieuse sur les brisants, à la faveur de courants violents. Et quand le temps est aux grains humides et froids de l'hiver, au front occlus et froid, quelques trombes marines naissent et meurent en affolant ce dédale, ces domaines livrés aux caprices et aux colères imprévisibles de l'azur. D'autres fois, plus heureuses seront les journées où l'arc-en-ciel subreptice lie deux îles entre elles où avec la terre originelle. Ils mélangent leurs senteurs de terre et de saisons.

Il règne là-bas un parfum séduisant de contrées  ultramarines et d'ample diversité ; tout est invite au départ, au renouveau, à l'exaltation même des origines. S'approprier quelque errance autour de ces petits territoires c'est admettre qu'il subsiste des thébaïdes où il ferait bon relâcher pour un temps et se ressourcer !  En effet, pourquoi ne pas rêver, songer une enclave, un sursis, un ermitage, à quelques encablures de la terre ferme où pour un temps indéfini il importerait de remonter le cours de l'existence, à la source de la pensée et du langage, vers une autre naissance ... Et l'on regarderait de loin s'agiter, s'épuiser le monde, la modernité trop humaine poursuivant mille chimères à bord des vents traitres de la vanité, de la cupidité !... Et chaque soir, tous les matins, s'assoeir sur le rebord du monde, louer la lumière, se réconcilier avec la beauté, fidèle à la Terre de Corse, aux mille visages qu'elle nous renvoie depuis l'éternité  !

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Il est rapporté des temps anciens que chèvres et sangliers transhumaient vers ces Îles distantes de plusieurs milles de la Côte !...

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Espaces Réserve et Parc Marin des Bouches de Bunifazziu 

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