Point de muguet mais le Monde de Friedrich Nietzsche, un Extrait tiré de la Volonté de Puissance, cher à  l'Auteur ; au poète, au penseur, au danseur, à l'artiste qui n'eut de cesse de rappeler la mer et la montagne en ses métaphores immensément abyssales : cette Page, un rare instant d'harmonies ...

Alors, pour la circonstance, un heureux hasard, quelques errances qui m'accordent comme un printemps timide ces bouquets épars de Glaïeuls sauvages. Caresses des yeux près des puits auréolés d'oublis, gorgés d'eau du Causse Bonifacien ondulant aux risées du Levant, aux rais fugaces d'un soleil auquel on ne croirait plus. Vagues à l'âme des prairies profuses que seuls les migrateurs survolent en se rappelant aux splendeurs passées... Bruissements d'ailes, furtives blancheurs séraphiques qui inondez mon coeur de sérénité, revenez-moi en boucles ; n'êtes-vous pas fresque et toile d'un chant empli de miel et de suavités vernales que la solitude azurée goûte en silence !

 

Marin

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  " Et savez-vous ce qu'est pour moi le " monde " ? Faut-il que je vous le montre au miroir ? Ce monde est un monstre de force sans commencement et sans fin, une quantité de force d'airain qui ne devient plus ni grande ni petite, qui ne se consomme pas, mais utilise seulement, immuable dans son ensemble, une maison sans dépenses ni pertes, mais aussi sans revenu ni accroissement, entouré du néant comme d'une frontière. Ce monde n'est pas quelque chose de vague qui se gaspille, ni rien qui soit d'une étendue infinie, mais, étant d'une force déterminée, il est inséré dans un espace déterminé et non point dans un espace qui serait vide quelque part. 

Force partout , il est jeu des forces et force des ondes, à la fois un et multiple, s'accumulant ici tandis qu'il se réduit là-bas, une mer de forces agitées dont il est la propre tempête, se transformant éternellement dans un éternel va-et-vient, avec d'énormes années de retour, avec un flot perpétuel de ses formes, du plus simple au plus compliqué, allant du plus calme, du plus rigide et du plus froid au plus ardent, au plus sauvage, au plus contradictoire, pour revenir ensuite de la multiplicité, au plus simple, du jeu des contradictions aux joies de l'harmonie, s'affirmant lui-même, même dans cette uniformité qui demeure la même au cours des années, se bénissant lui-même parce qu'il est ce qui se doit éternellement revenir, étant un devenir qui ne connaît point de satiété, point de dégoût, point de fatigue - : ce monde, qui est le monde tel que je le conçois, ce monde dionysien de l'éternelle création de soi-même, de l'éternelle destruction de soi-même, ce monde mystérieux des voluptés doubles, mon " par-delà le bien et le mal " sans but, si ce n'est un but qui réside dans le bonheur du cercle, sans volonté, si ce n'est pas un cercle qui possède la bonne volonté de suivre sa vieille voie, toujours autour de lui-même et rien qu'autour de lui-même : ce monde tel que je le conçois, - qui donc a l'esprit assez lucide pour le désirer sans être aveugle ? Qui est assez fort pour présenter son âme à ce miroir ? Son propre miroir au miroir de Dionysos ? Sa propre solution à l'énigme de Dionysos ? Et celui qui serait capable de cela ne faudrait-il pas qu'il fît davantage encore ? Se promettre lui-même à l' " anneau des anneaux " ? Avec le voeu du propre retour de soi-même ? Avec l'anneau de l'éternelle bénédiction de soi-même, de l'éternelle affirmation de soi-même ? Avec la volonté de vouloir toujours et encore une fois ? De vouloir en arrière, de vouloir toutes choses qui ont jamais été ? De vouloir en avant, de vouloir toutes choses qui seront jamais ? Savez-vous maintenant ce qu'est pour moi le monde ? Et ce que je veux lorsque je veux ce monde ? " 

 

Friedrich NIETZSCHE 

( La Volonté de Puissance, Op. Cit., VPI 385, P. 433-434 ; VP2 1067 ; CM XI 38 ( 12 ) ).

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Glaïeul Sauvage - Mare Temporaire  ; Piale ou Causse Bunifazincu ... Avril 2013