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1905 TRANSATLANTIQUE - Charlie BARR -

 

... La violence de la tempête augmentait encore. Le vent avait viré à l'ouest et frappait Atlantic sur l'arrière ; les vagues monstrueuses qui soulevait sa poupe, éclataient en écume blanche sous la coque, puis tel un yoyo, le navire retombait dans les creux. A bord, personne n'avait rencontré un cataclysme semblable et même Charlie Barr, un instant, hésitait.

Il pouvait décider de mettre Atlantic à la cape, toutes voiles rangées, l'équipage à l'abri à l'intérieur, le yacht n'étant alors plus gouverné. Cette solution de sécurité ne lui plaisait guère, l'idée d'abandonner au vent la conduite du bateau le révoltait. Il décidait donc de garder un minimum de toile, fixait le cap au 72°, maintenait deux  chefs de quart au gouvernail, lui-m^me restant sur le pont. C'était la troisième nuit qu'il ne prenait aucun repos, s'allongeait tout habillé sur sa couchette pendant quelques minutes durant le jour. La bonne décision avait été prise, le vent n'avait pas forci pendant la nuit.

Au petit matin, le vent repassait au sud-ouest, la mer était plus démontée que jamais, le bateau enfournait, quand en équilibre au sommet d'une vague il devenait incontrôlable. Le danger de le perdre était si grand que la voile carrée était amenée et remplacée par un foc.

Ainsi sous grand-voile au deuxième ris, voile d'étai et foc, la stabilité était accrue, la vitesse excellente, Atlantic montrait à tous quelle superbe goélette elle était.

A bord d'Ailsa, un des passagers, Lord Paul Stevenson, décrivait l'ambiance : 

" Voile de cape et voile carrée. Tempête de sud-ouest et mer forte. Toute la journée nous avons couru devant le temps, filant de l'huile ; à midi, le bateau faisait des embardées sauvages, dans une mer brutale et croisée, les deux hommes de barres amarrés. Les capots et claires-voies ont été condamnés, nous avons pris nos trois repas à la lueur des lampes, sous le crépitement des paquets de mer qui éclatent sur le pont. Le steward et le coq, cependant vieux routiers du yachting de haute mer, nous ont proposé chaque soir un dîner de quatre plats, assurant le service dans la cabine bourrée de voiles, avec autant de diligence que dans un hôtel...

" Puis à la cape dans une forte tempête, mer haute et dangereuse, un vent violent nous a accueillis quand nous nous sommes extraits de la descente ce matin, après avoir constaté que le baromètre s'était littéralement recroquevillé. Deux heures après le breakfast, il devint évident que ce vent n'était pas une brise ordinaire, et les deux hommes à la barre avait le plus grand mal à faire courir le bateau devant les grandes déferlantes grises qui montaient au-dessus du couronnement. Le poids fantastique de notre lest, quelques 70 tonnes tout d'un bloc, nous jouait un sale tour dans une telle mer. Juste avant midi, nous partons au lof sur la crête d'une vague qui envoya tout valser dessous, et dix minutes plus tard, le bateau fait à nouveau volte-face, nous regarde pour ainsi dire dans les yeux, en travers sur une crête neigeuse. La vie prend pour quelques instants des couleurs un peu sombres. Il devient évident que nous ne pourrons continuer à faire route. Aussi nous répandrons de l'huile sur le bord au vent pour apaiser la mer. Nous amenons la voile carrée, amarrons l'écoute de la voile de cape. La barre en dessous, nous faisons tête. Le merveilleux petit bateau se comporte devant la tempête comme un liner, avec quatre sacs à huile par-dessus la lisse, nous restâmes huit heures à la cape. Un paquebot de Hambourg est passé près de nous, les passagers nous encourageant, agitant les bras lorsque nous disparaissions entièrement dans les creux. A huit heures du soir, nous nous remîmes en route et toute la nuit se passa à courir devant une mer furieuse : c'est une course, pas une croisière ..." 

 

Charlie BARR 

ATLANTIC 

( New York Yacht Club )

Trois-Mâts Goélette

1903 USA 

Longueur :  56.10 m 

Largeur : 9.15 m

Tonnage : 700 Tonneaux

 

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