" ...

voilà la hauteur sacrée, le lieu de l'éternelle

quiétude où midi perd son accablante chaleur

et le tonnerre sa voix, où la mer démontée

devient pareille aux vagues de blé. "

 

Friedrich HÖLDERLIN

§

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La lune se lève. Un disque roux merveilleux, onirique, compose une partition sidérale. Le temps remonte le cours tumultueux des nuages dans la nuit froide du
Ponant et fuse à l'instantané d'une vague.

J'ai le vertige ! J'aime ce vent puissant aux ciels changeants et abyssaux, vêtant  l'horizon de nues splendides, quand il ouvre de grands yeux vers  l'infini. Et je sombre, comme je m'élève, de l'enfer au paradis ! L'île tonne, l'anfractuosité gronde, la paroi et le tombant  blanchissent. Je ne suis  que sillage drainant quelques  illusions que l'onde sitôt  naufrage...


Les dictons des gens de la Terre augurent toujours au coeur du mois de mai un franc refroidissement puis, 
conjecturent ; c'est de bon aloi : il y a tant de raisons qui tentent d'expliquer un tel phénomène à la veille du solstice de Juin ... Alors, l'on invoque depuis fort longtemps les Saints de Glace afin qu'ils protègent les premiers semis et  qu'ils épargnent la vie en bourgeons des gelées tardives et des vents violents, à l'orée odoriférante des jeunes fenaisons !

Malgré maintes  louanges, 
la mémoire ancestrale demeure, craintive. Les souvenirs d'un moyen-âge lointain et diffus planent, relatent  toujours ces frimas tardifs et brutaux. On aurait même argué de conjonctions cosmiques :  nuages interstellaires voilant le rayonnement solaire afin d'expliquer
l'effet contraire de la serre et ces périodes de froidures parvenues au seuil de l'été ...
Comme si l'hiver ne voulait point  abdiquer, se rappelant ainsi aux autres saisons, tel le grand ordonnateur d'un cycle tutélaire ! Un règne tout puissant qui accorderait ses faveurs, parcimonieusement, au fil mesuré de chacune des époques d'une longue année solaire.
Et les montagnes, au lever du jour, se couvrent de volutes réfringentes, de pesantes  nuées aux teintes  galène. Le soleil matinal et cru,  irise les flots de  la mer,  l'Orient, 
telle l'Iroise fascinante  sur fonds de fresques minérales...

Le Ponant fraîchit, nous parvient  du delta de l'Ebre, toujours plus cristallin, plus profond. Le
Septentrion s'obscurcit tandis que le flot innombrable  retrouve une  clarté d'eau de roche. Le pétillement des grands espaces devient  palpable. Les rafales s'abattent, lourdes et froides. A l'entour des îlots, des écueils  les vagues simulent inlassalement les avalanches neigeuses des hauts  massifs. Ruisselements incessants de ces  rochers rubéfiés, fissurés et polis, que l'on doit aux temps immémoriaux  de la création

Puis les ondes d'écume s'en retournent,  tel  le ressac
rugissant, la vague lancée à la rencontre des suivantes, de la multitude voilée se ruant dans un tonnerre de tempête vers le large.
Comme une  gigantesque muraille, l' île barre les vents, en freine la course folle ; le chaos surgit. Aura virginale de la mer coiffant les  terres. Chaque baie, toutes les anses, les
larges golfes déclinent  ensemble la tempête, le Ponant !

Ô Saints de Glace, une Île  vous reçoit et vous accueille en son chant,  veillez aux promesses du printemps ... Accordez encore au labeur des hommes, aux bêtes, au ressouvenir du Terroir les douceurs
de la mer et de son manteau de nuages chassant les gelées de la nuit  constellée d'étoiles. Vers 
l'Orient, l'ouragan dévale. Sur la mer safre naissent des tourbillons silencieux d'embruns. Vertiges sans fin gagnant  l'au-delà du regard. Le ciel est limpide.

Rien, personne ne s'oppose aux volontés de l'Ether !...
Ainsi en est-il du lot, du tribut  de l'errance à travers l'azur ! Que le conte et le voyage soient, fulgurent  et fascinent le réel de nos jeux insouciants. Point de vitrines ni de publicité ! La voie est pure. Pour unique présence  : une âme à la mer qui  se confond et se mêle aux diaphanéités turquines, aux cieux anthracites. Qui  joue en rencontrant quelques anges albâtre,  de sibyllines créatures d'écume... 

A l'infini, en guise d'immensité,  les multitudes accourent ; expressions irréfragables de la vie
en mouvement. Colossales collines d'eau que l'énergie magnifique emmène emmenées... Mues perpétuelles   de l'incréé. Je sens,  j'entervois  comme les forces obscures d'un parfait accord de ciels , aux ailes de vent 

!

 

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Un instant suffit. Je ne suis déjà plus poussière, scorie, goutte ou fragment d'Univers ! j'aborde les dimensions turpides des foules parquées,
la sauvagerie innommable d'un monde qui n'est guère  viable, voué à au déclin, à la résignation, sans espoir. C'est le choc frontal, la noyade, l'immersion arbitraire  dans un bain de contre-culture agressive. Règne  l'antre du dressage et des servitudes vouées à l'hégémonie d'un rouage tentaculaire et asservissant. Qu'il m'en coûte !  La transition est redoutable, le passage,   blessant, avilissant... Comment passer  sans 
tourment, sans larme, si brutalement,  de l' Univers éthéré des champs de vagues, de "  l'Eternité en allée ", à l'état de négation des mondes tutélaires, à la proclamation des menées destructrices ?

Je ne négocie pas la moindre
parcelle de créativité et d'éveil  sursitoire qui m'habite encore. Je récuse un  tout passé au crible, par  les prismes déformants de l'inconnaissance et de la raison immodérées. La  connaissance,  dépossédée du substrat originel,   l'Esprit et le Coeur que le désordre établi embrigade, une con-science sans la veilleuse  de âme,  valent  anéantissement irréversible, la mort éternelle

MARIN 

1ère Écriture le 26.05.2013 - Aux Petits Enfants -

2 ème Ecriture le 27 Janvier  2019 

 

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