Le Cap chutait, abrupt dans la mer. Une tour le surmontait portant lointainement la voix de la Terre  ... Mais sous le vent, vers l'Est, une île oblongue en prolongeait l'élan, évanescente dans les brumes de l'embrun. Comme si la Terre de Corse eût souhaité déclamer, souveraine, ses messages de vérité, s'imprégner indéfiniment des vertiges de l'azur, sans que rien en eût troublé les noces sidérales et célestes. La Terre ne voulant pas encore abandonner aux flots les raisons de l'oubli, de la mémoire qui s'en va, inexorablement ...

Je contemplais ce décor grandiose, l'antre bleuté du tumulte et des silences abyssaux où les collines rases semblaient avoir été moissonnées par les vents. Dans le temps, les hommes bâtissaient en lauzes du Pays si bien que l'habitat se confondait, embrassait merveilleusement les terres emblavées du Cap. Aujourd'hui, il n'est plus de scrupule et d'attention, de ce soucis de l'accord, de l'osmose, des harmonies Nature et Culture.

La Terre se couvrant, se hérissant de masses carrées  hautes et lissées : les ciments et les crépis sont rois ; anachronismes infamants perpétrés à l'encontre du vieux grenier d'une Île qui s'égare et se confond aux hideurs des villes sans cachets. Puisse-t-elle un jour recouvrer, comme on peut déjà le voir parfois, ces niches d'antan, ces bâtisses puissantes et vénérables, sans âge, aux arches merveilleux et soyeux en pierres du Cap, réfringentes aux soleils du Levant, du Ponant comme le plus bel argent du monde !

De la Mer, Dieu que cette Île est profondément belle et harmonieuse ! Elle est un chant, un Cantique, un Canon, une Polyphonie solfiant et portant au-delà des horizons les arpèges fabuleux des vents, de la lumière, de l'eau, entre monts et forêts, vers les rivages s'évertuant à de fastueuses noces.

 

MARIN 

Evocation d'une Terre lointaine  -  Février 2009- 

 

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