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Je vous présente : " Bohème "  

Ce petit Coffre à Claies-Voies n'est pas fini ! Il lui manque toutes les petites retouches d'angles, de jointures, de " callage " et bien sûr, la patine, le finish ; il n'est donc pas encore collé, juste assemblé et chevillé à l'ancienne. Aucun fer, ni clou qui vaille mais l'Assemblage de nombreuses essences de Bois Flottés, secs, vieux. 2 portes, 2 panneaux latéraux encastrés, un plateau amovible et portable sur le dessus, le tout posé sur des " pieds racines, des fragments de souche ". Bien sûr, l'ouvrage ne saurait être à vendre : pas de commerce sur Milema_Arte, le Site Culture du M56. Des heures depuis des années de-pensées qui auront un peu pansé l'âme !... ô Sisyphe, vie absurde que la tienne, agitations, élucubrations, gesticulations !

 

 

SHAPER LE BOIS DES FLOTS

 

Oui, comment éclairer le jour, bousculer l'habitude et la métrique de l'équerre et du chiffre, de l'ordre établi sans lendemain qui chante ? Par quels biais francs et purs arborer l'ouvrage de la main, à force cals et celui  de l'outils empli des faveurs du temps et des terroirs oubliés, décriés par le robot censeur ? 

L'amour d'une Terre certes y pourvoirait mais encore ! Créer, imaginer dès le départ, sans plans ni présomptions ce qui sera le fruit mature d'une idée, l'essence d'une image harmonieuse à partir de l'épure, de la branche ... Qui sait, les goûts et les couleurs dit-on ne se discutent pas. Quant au concept de beauté, de laideur, ils appartiennent à tout un chacun dans l'univers des représentations et des fantasmes qui sont les nôtres, inexpugnables bien souvent ! 

Alors, une fois, une personne me demanda, très intéressée, sincère aussi, je le pense : 

_ " Mais dites-moi, qui vous a appris à travailler le bois, il faut avoir des notions pour réaliser ce que vous faîtes ! " ; je la remerciais pour ce qui m'apparaissait être un compliment...

Je lui répondis alors longuement ce qui suit, presque d'un trait, ces  paroles passionnées, comme il se devait, vu le sujet chaleureux et chantant ; ainsi du  Châtaignier que j'affectionne et qui chante le bois : 

_ " Travailler le bois, je ne crois pas qu'il soit là le terme qui conviendrait à ce genre de passe-temps ou de réclusion silencieuse... j'opterais volontiers pour une évasion, la poursuite d'une quête étrange, l'errance aussi apparentée à celle des vagues sur l'océan, l'expérience de la dérive, de quelques dérades insensées où les sens déclinent l'envers de la raison, la dénégation de la logique, exècrent l'overdose de chiffres, de plans et de calculs que nos modèles digèrent à outrance et qui nous gavent comme des oies en rangs ! 

Non, il n'en est rien ; je n'ai eu ni professeur - inutile d'ailleurs -  ni de modèle, ni école, ni apprentissage ... Mais la seule observation des flots, de l'onde, de la vague que je parcours, vis et ressens jusqu'au fond de mon sang ! Ainsi de la fusion, de l'osmose, de la symbiose avec l'élément porteur, initiateur, seule vérité de qui je consens la dictée et qui me fonde d'un bout à l'autre de l'étant, de l'être, de l'imprévu. C'est ainsi, passer de longues heures à regarder la mer, la tempête, l'inflorescence du large au rivage, la quintessence de l'ellipse et de la courbe, ces destinées d'arbres que le temps ourle et ouvrage à sa guise sans jamais déchoir ! Ô sève, sucs des arbres tutélaires par lesquels je respire, flotte et vogue à toujours, entre les étoiles ! 

Tel est le bois noble échoué sur la grève, brisé, blanchi, ployé, fracturé, mais vénérable témoin des forêts et du cycle immuable de l'eau...

Alors, pourquoi " usiner " lorsqu'il est possible d'imaginer avec le fruit ou l'écorce des jours  et des nuits illunées les desseins du coeur et de l'harmonie du Créateur, du Tout. Il me revient des terroirs, des hautes Pieve insulaires ces vestiges d'antan, de toutes les essences insulaires et d'altitudes que nos Anciens coupaient à la Lune de Janvier et que les crues exhument de l'oubli, là, juchés sur le sable, entre les rochers, à l'embouchure de nos torrents impétueux, le cours inépuisable des montagnes de l'Île de Corse.

On ne force pas ce bois, on compose avec, on se laisse guider par ses extravagances, ses nuances, sa diversité, le grain soyeux déclinant le long sommeil des alpages et des hautes futaies. Il est une noria inextinguible, inépuisable qui des flots aux nuages arrosent l'imaginaire de volonté, d'originalité, de métamorphoses propices à la création, prodigues et prometteuses... Laissons-nous aller, emporter, osons l'inhabituel, l'insensé, l'unique, sans vérités tracées, le temps d'une onde de plaisir, de volupté que la trame des saisons tisse et brode comme l'étoffe azurée d'une rencontre...

 

MARIN ET LE BOIS QUI DERIVE - POUR L'AMOUR D'UNE TERRE INSULAIRE -

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Je dédie ce texte et ce petit ouvrage à mes Petits Enfants dont nous sommes privés depuis plus de 4 ans. 1 ère Ecriture le  ??? Je ne sais pas, je ne sais plus  !...

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