( Ce n'est pas sans connaître le destin tragique d'un couple que j'accompagne ce texte sur Marin ! ne retenant que la seule composition musicale des artistes ! Je ne souhaiterais pas qu'il eût dérangé ou heurté les lectrices et lecteurs ! )

Quant aux textes de Marin, ils ne sont jamais terminés ; je reviens souvent en retoucher les rimes, les contours, la forme ou le détail, parfois aussi le fond ! Soyez donc indulgents ; merci à vous, Lectrices et Lecteurs, nous qui voyageons ensemble ...

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Il flottait comme un voile de nostalgie et de mélancolie, un air des musiques d'antan chantonnées par le vent  ; une seule lame, sur le seuil de l'automne, de l'univers brisé en deux ! De là, le corridor de l'hiver perpétuel, le mirage de l'embrun : évanescence d'un visage ... On dit que là-bas les vagues bouclent les nuages et sourient ! Ô Eternité ...

 

D'un bout à l'autre de l'Île le vent hâlant le Ponant devait régner en maître, disaient les augures ! Mais au Sud, il ne fit que s'éveiller pour souffler avec rage au  Septentrion. Remontant le cours du temps des montagnes, sous le vent de l'île, Il sculptait de splendides os de seiche ouatés dans un azur profond. La Grande Bleue des baies et des golfes demeurait  rigoureusement plate ! c'est alors que je décidai d'une longue bordée plus à l'Est, aventureuse et captivante :  vers le Cap " Marianon ", en filant avec l'haleine tiède des Bouches, suivi par de merveilleux Puffins !

On attribue ce nom de lieu austère - inconnu des cartes actuelles -  à Ptolémée, qui dans l'antiquité, aurait situé cette destination à l'extrême-Sud de l'actuelle Île de Corse ! Décidément, entre philosophes et géographes, astronomes et grands tragédiens, les Grecs entretenaient de surprenants rapports à la connaissance, à la découverte et aux récits légendaires.

Ainsi, il me plaît à rappeler la mémoire, le rude baptême des plus anciens conférant à ces destinations davantage de mystère, d'inconnu, d'attrait ; le sentiment aussi de croiser parmi les mânes en multitudes, ces hommes et marins qui se risquaient avec si peu de moyens par-delà les mers imprévisibles et déchaînées ...

Et d'être, quelque part, de la vaste souvenance des mondes, en phase avec une époque qui n'est plus, les splendeurs qui auront été jusqu'à nous ! jamais en vain ; Quand de l'émerveillement des galériens éreintés découvrant les hautes falaises de calcaire, fabulant les cyclopes, parcourant ces fonds que le sédiment blanc illumine en accord avec le ciel, ces rivages bousculant jusqu'aux certitudes de la géologie, de la terre ossue primaire, tertiaire, au-delà des âges : Les vastités seraient-elles tellement prodigues, fertiles pour l'imaginaire et l'inconscient collectif ?

L'air est doux, la mer plus chaude odore un mélange de sels rares. Quelques voiliers glissent en silence et gagnent plus à l'Est les prairies aplanies où fuser à l'envi, poussés par leurs ailes multiples et déployées. Il est encore tôt, l'onde fluante est toujours sombre et peu à peu, au diapason de la lumière du soleil que des nues d'altitude tamisent, s'illuminent les dalles de roche et leurs herbiers ondés. Le rivage s'approche puis il s'efface à grande vitesse à ma guise ; je navigue très vite sur les flots en parant de larges auréoles d'écume et de neige disséminées avec goût. Les toiles retissues de l'azur oscillent entre abstractions et délires,  camaïeux pers et de verres soufflés. Les ors d'une Terre ossue et pétrée donnent leur plus bel éclat ! l'Esprit de l'eau est partout : immanence !

Je suis ici pour accueillir les houles promises d'un puissant Libecciu ; mais il tarde ; la dérive au vent se fait sentir dès lors sur l'amure qui m'est défavorable. Il me semble ne plus gagner au vent, tirer des bords carrés comme dans la vie des devoirs et servitudes des-honneurs... Le souffle mollit, hésite, bascule et livre à la mer cet aspect heurté qui ne sied plus aux  certitudes fébriles de houle qui nous destinent tels deux fiancés. Aujourd'hui ne me livrera pas les glacis généreux d'une fin d'été ; ce matin radieux déméritera au regard des tendances habituelles de la saison.

Quelques sillages entre deux îles, de longues abattées sur la mer du vent qui creuse et qui s'ouvre quand je décide de rentrer en longeant la côte ; cette terrible frange littorale que les énormes déferlantes de l'hiver submergent jusqu'aux nuages. Une  " longue route ", éperdue de vitesse et de bleu, une traînée qui caresse l'aplomb d'un magnifique disque vaporeux ; son éclat sur le ciel est tel que l'onde et l'azur s'en ressentent, qui différeraient s'il n'eût pas été là. Une luminosité d'éclipse nous recouvre, d'un bout à l'autre de l'ancien monde.

Alors, Marin, suis les contours euphorisants de ce jour à part, inattendu. Que la mer et le ciel, que ton Île ossue  délinéent inlassablement comme un souvenir, un parfum qui danse sur l'eau, un nuage d'embrun prompt à vous révéler...

L'hiver sera solitaire et froid, hautes les lames emportant le tourment, indéfiniment pour t'accompagner vers le Cap des Tempêtes, le Cap " Marianon ", le bout de la Terre  des lointains ancêtres marins-pêcheurs, quoiqu'il t'en coutât !

...

 

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MARIN - 1 ère Écriture le 26.08.2013 - En Solo vers Cap Marianon, à bord du Libecciu, le long d'une frange de Terre Ossue. En ce temps là, l'espoir semblait revenir et la réconciliation avec le monde aussi !...

2 ème Écriture le 27.08.2013

3 ème Ecriture le 18.11.2014

4 éme  Trace le 15.05.2015