La Mer aura nourri bien d'autres desseins que les menées fatales dont la Civilisation hélas ! l'afflige ... Déchue, elle ne rend sur l'autre rive que le naufrage massif des désespérés des " Mondes tragédies "et leurs cortèges funèbres ; et pourtant, quel sillage d'espoir trace ici sans frontières l'oiseau rouge du Coeur.

Vers ces âmes fuyant éperdues sur la mer la tyrannie, sur ces flots qui jadis berçaient mes ancêtres, ( Îles Eoliennes ), croisent nos pensées ; aux larmes d'innocence d'une terrible perdition que la Mer jamais n'aurait accompagnée ... Marin 

!

Quel est ce " HOME "  ? Celui des paradis et des Marinas qui s'exportent ... serait-ce la Terre des " Homes " !... Césure, Cassure, Gouffres et Abysses : d'une rive à l'autre : une frange d'espoir : la Mer et au-delà la Liberté, à quel prix et pourquoi un prix à l'Essence même de l'Être 

?...

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A L'ÂME DU VOILIER 

 

Mon voilier, tu t'enfuis comme l'espadon et le Marlin bleu des lointains aux palmes sublimes. Tu loues le large et les horizons barrés de la raison abjecte des tyrans  qui te
pourchassent ! Tu ne veux plus pendre aux gibets des records et de l'exploit stériles des pêcheurs de l'absurde ! fuselé, fluide et tout autant raide à la toile, tu auras été conçu pour ravir et louanger la
liberté du flot, pour satisfaire au chant général des vents et des lames, à infini ! De ces flèches splendides que tu pointes vers la Voie Lactée, de ta mâture s'élèvent harmoniques et
suppliques au Tout, sereinement orchestré ; et voilà que tu nous emportes à l'assaut des vagues, des caps et des pentes azurées, vertigineuses ; tu enlaces les cieux que tu
mélanges et confonds en les mariant à travers les plus beaux camaïeux, ces franges perses d'éternel qu'ensemble nous partageons dans le silence poudroyé des déferlantes et de
la nuit qui nous recouvre de sa pelisse d'étoiles. Que tes ailes allient sans fin l'air et l'eau, si purs sur l'autel de l'Ether ; et les nuages en rêves délirent tout autour de la terre pour nous emmener à
toujours ! délivre - nous encore ton chant, messager des hautes latitudes, ces envolées bruissantes aux mixions des sels de la mer. Que retentissent encore et encore les coups
sourds qui à chaque envol sur les crêtes fumantes tonnent et nous rappellent à la gravité d'une existence lumineuse et si précieuse. A ton bord, je ne me sens plus le même
homme ; à toi je m'attèle, j'attends comme une révélation que l'Océan ceint et étreint telle l'aura de la lune et des îles se rendant à l'espérance d'un jour nouveau. Exaltation,
fascination, je ne sais plus, quand dévale de l'amont la bise blanche des profondes solitudes... Et les phares, les gardiens du temps submergés d'embruns accordent leur plaintes
en nuées étouffées aux faisceaux de joie des goélands, des fous de bassans et des frégates.
Ivre de roulis et de trop tanguer, nous avalons les milles parcourus d'inconnu. Le jour, indéfiniment, à chaque révolution de la terre sur son axe immuable nous concède une part
sidérale d'un Cantique. Que les astres sont beaux lorsqu'ils saluent l'horizon, ouvrageant à la clarté des autres mondes qui naissent juste en dessous de nous et lorsque une route 
s'abandonne à l'obscur, à l'amer des vastités sans fin. Et nous nous confions aux mélopées aveugles de l'étrave, à la pantomime onirique des tes ailes et de leurs ombres
infusées de constellations. Par le sillage luminescent vont pensers et semailles au champ de joie des mers, ravissant le futur, vers des
lendemains bercés d'attentes et de bontés. Allongé sur l'azur, une fine traverse de bois nous sépare  tandis que s'écoule la fable intarissable des abysses et que nos légendes calligraphient la surface des Océans. Ainsi allons-
nous partout et nulle part à la recherche de l'âme sereine, tentant de donner un sens à la symphonie solennelle qui se joue là, dans l'immensité du vide et des plénitudes
immémoriales.
Va, cours les mers, mon bel oiseau, fuis et dévoile le monde à la rencontre d'un coeur que tu ne laisses d'éployer avec ton ange gardien. Va telle la colombe dans le couchant qui
palpite. Le beaupré fend l'air, pointe la foi véridique et sans plus de raison ; entre deux étais, dansent Andromède et Cassiopée qui t'eussent mené sur la trace des origines et quand au-delà tu confesses aux cieux la voie
lumineuse. Ainsi  t'ouvres-tu, te livres-tu  sans jamais démériter au dictamen des splendeurs et du cosmos !

 

 

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130 noyés - 250 disparus

 

A L'AUNE DU MARCHE DES HOMMES

 

C'est vrai, il fut de tout temps plus aisé et de circonstance de brandir les traités et leurs juristes félons pour annexer les mondes en minorités ou les entités inférieures en
puissances armées que d'encenser le circumnavigateur solitaire parti à travers les océans pour  découvrir leurs joyaux et d'autres humanités ! Le conquistador aura toujours été plus en vue
que l'aventurier pacifique de l'au-delà des mers. Seuls, hélas ! les distingueront le nombre de victimes et l'étendue des souffrances perpétrées sur le dos des mers par les uns, par les
autres à l'intérieur des terres, souquant par maillons innombrables les chaînes de la souffrance et des barbaries, de l'insoutenable intolérance chamarrée d'ors et d'injustices, ces boulets
inextricables de la traite des hommes racés et de l'esclavage odieux. Enfin et de l'oubli qui aujourd'hui sourd comme le pus aux drains sordides de toute acculturation insane et profitable aux puissants...
Ainsi de la chute de l'homme sans rémission, sans espoir qui perdure et sévit allant contre les démonstrations et les arguments des sophismes ampoulés, facétieux ! Mais de
l'harmonie,du génie aux vilenies des démons, il n'est que l'homme assoiffé de dominances et ses opprobres générés qui triomphent... Alors, des Écritures, des Prophéties, des Damnations,
Ô Connaissance, Raison, Dogmes et figements de l'âme asservie, que n'êtes-vous face à la conquête pacifique des vastités de l'Esprit empli de liberté, de vérité, d'absolu, d'amour et de vertu par
l'homme libéré de l'humain et quand par moins humain !...
Je vois à ton paraphe virginal, mon pauvre voilier, les remous, les luminances contaminées des centrales nucléaires, l'eau pulvérisée des atomes, l'infame prophétie des réacteurs nucléaires se propager à
travers les Océans turquoises et fluer les déchéances monstrueuse d'Hiroshima et les hideurs de Nagasaki.
On massacre, génocide pernicieux en Afrique, on soumet, on embrigade en Extrême-Orient, on torture en Chine et toujours, on assassine au Moyen-Orient, partout de par le monde on déchire et on écartèle
l'animal, la diversité, la tolérance. La Civilisation de la roue tue bien davantage que le plus meurtrier des conflits mondiaux ! Doses de mort instillées, diablement homéopathiques que génèrent nos
Sociétés post - Industrielles de plus en plus cadrées, serves et normées ! On disait que le XXI Siècle serait spirituel, l'ère de la Connaissance et de la Culture en marche, l'Univers de
l'information et de la révolution, de la translocation salutaire à l'ère trompeuse de l'Internet : soit ! Mais qu'en est-il lorsque l'or préside aux destinées, aux finalités, aux valeurs  
d'une Civilsation en crise et aux abois ?
Vogue mon, beau vaisseau, Ô Terre, où sont tes quarante trois couchers et levers de soleil, ton ami le renard, la rose, les peuples du Désert empli de sagesse, la communion des
hommes avec les étoiles, la civilisation des Citadelles ? Où regarder la Terre des Hommes ? Un odieux serpent distille-t-il les poisons In-humanités vers tes rivages de candeur et d'innocence. Maintenant, on ne
pose plus de question, on se couche pour mourir en silence, en multitudes affligées sous les ordres des tyrans et des seigneurs suivant les brisées du Marché et du Capital Richesse !
Dessinerais-tu, toi, mon ailé, un univers que la pauvreté, la souffrance, la mort scinderaient, trancheraient en deux ? Non, je ne le crois pas ... Volerais-tu par trois fois en
boucles autour du génocide, du crime, de la guerre pour t'en aller en silence vers tes contrées de paix et d'abondance poursuivre un chemin d'aisance et de clartés ? Insensé,
que ne ferais-tu pas là ! Allierais-tu ce bonheur indicible à croiser les mondes en perdition sans un seul signe qui eût donné quelques lueurs d'espoir aux déshérités, aux
pauvres, aux innocents ? Non, je ne t'en attribue pas l'applomb ni l'indifférence ... Alors, dis-moi, comment exister, vivre en oscillant, en vacillant des rivages de l'opulence vers
ceux de l'atrocité, comme si le temps, les siècles, la pensée n'avaient jamais passé ni souffert ! Comment un instant cueillir à l'aune des vents et des vagues un brin de soleil
lorsque de l'autre côté de la mer battent et rebattent comme des hachoirs  leurs vagues de sang ?
Lampedusa, ô archipel - des Pélages - de bonté et d'humanité digne d'éloges et de respect ! Que ne panses-tu pas encore, après ton appel d'urgence aux ténors en col blanc, les
opprobres incessants d'une Europe aveugle et muette, te laissant seul enterrer les victimes d'un destin pan-africain d'atrocités qu'elles fuient par centaines depuis des décennies. La
mer, la mer vers l'Europe, le rêve, la Paix : espérance, exil, dernière chance pour des femmes, des enfants, des hommes fuyant ces royaumes de sempiternelles abjections, la mer
funeste et cruelle devenant indûment la sépulture tutélaire de l'indifférence des Grandes Nations caracolant au sommet des G8 et des G20 ! L'Europe grande absente face aux
drames qui se jouent sur la Planète, ne se risquant subsidiairement qu'à des fins de Politiques intérieures, affinant la Guerre ciblée, une guerre de Professionnels et si localisée, à la mesure 
de ses moyens ! l'Europe à la Traîne des Très Grands qui se font peur - Jouant sur le fil ténu à l'équilibre de la terreur - pendant que la Civilisation passe en pertes et profits des
centaines de milliers de victimes, d'innocents, de damnations irrévocables  tout en sauvant leurs parts de marchés !
L'Europe des Présidents et des Ministres qui auront oublié jusqu'à leurs origines, refluant la vie aux frontières comme l'on bat un chien errant afin qu'il vous " lâche les
basques ". Est-il des morts qui puent au point d'en cibler l'importance, la nécessité, d'en refouler les hasards, d'en ignorer le cri, l'Adieu étouffé du flot des multitudes ? Est-il de ces morts qui puent lorsqu'elles ne
sont plus assujetties aux rouages énergétiques de la production et des marchés, entre menées et déchirures d'outre raison ? Oui, on aboie pour aller guerroyer quand on se tait face à l'océan assassin et du désespoir!

Qu'auront fait nos aînés lorsqu'ils s'expatriaient par milliers, fuyant leurs terres exangues et meurtries des Après-Guerres, faisant souvent fortunes en ces contrées de désolations  et passées par les armes ? Ne serait-il pas là d'un devoir de mémoire et d'aide au terrible sort et fléau de l'émigration clandestine, par-delà les mers du Globe, de l'Australie aux rivages de la Méditerranée ! Les rivages Nord de la Méditerranée deviendraient-ils au gré des saisons lieux de vies exaltés puis horizons de mort et de désespérance ?
Mon voilier est une âme en partance, en errance, qui glisse unitivement en silence disant l'horizon sempiternel : in-humanité !

 

MARIN - 05.10.2013 - Après les Naufrages au Large de LAMPEDUSA -  les nombreuses lettres à l'attention de l'Europe mandées par les Autorités .