Je reviendrai sur ce texte, tantôt supprimant une strophe, tantôt évoquant un autre pan de l'amer ...  La mer meurtrière et confidente, au seuil parfois d'un Ciel qui nous eût, tout près, conviés aux noces de l'Eternel

 

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OU COMMENT DIRE LA MER 

 

Tu dévastes comme tu t'illustres tour à tour entre hideur et splendeur
Tantôt revêtant la peau du Diable tantôt l'âme du monde
Tellement prodigue et meurtrière pour la foi du vivant
A la fois minérale et éthérée songe de source où la soif enrage
Tu es la mort et la vie inexorablement consenties Dictamen
Face au ciel et à l'inconnu en leurs ineffables harmonies  Sereine
Autour du monde quand à fonds de cales naufrage l'espoir
Pour les deshérités  Thaumaturge implaccable incompréhensiblement
Impitoyable  Ô Mer des esclaves atterrés  Aux indigents tes rivages diluviés
Pourquoi ces marinas ces balcons insolents de vérités et de trahisons
Et les confins de l'obscur lointain où s'égare à jamais le solitaire
Redoutée des marins et par trop maudite pour le foyer éteint
Odieuse rivale brandissant devant l'âtre le spectre de l'amer
Traitresse inavouée des grandes solitudes en déréliction
Du labeur à la tâche rudes prosternant à tes lames le manant
Que ne serais-tu pas ô mère de tous les pèlerins  histoire sans fin

*

 

Malgré tout tu fascines en jouant de tes nues imprévisibles
Tes appels enjoués indéfiniment captivent le voyageur l'égarent
Et l'emportent par le chant des dieux antiques et des nymphes embusqués
Tes chevelures d'embruns vers les brisants s'éploient
Tandis qu'à toujours anges et démons convoitent l'Ether
D'entre tes douceurs et tes fureurs azurées qui en est le maître
Le grand ordonnateur du monde l'alchimiste vénéré de l'Univers
Fresque aux prunelles perses immensurable et sans âge
N'ouïrais-je en toi qu'un plain chant ou le rire sardonique
Des scélérates giflant par la tempête le visage hanté de la folie
L'allégeance aveugle  au sursis des fidélités immodérées
S'en remet à tes largesses  Appareille ailée à l'orée de l'Eternel
Les yeux fermés par la nuit sempiternelle obscure et sans lune

*

 

Sur tes vagues déferlantes s'ébattent vanité et dérision En vain
Le caprice de l'enfant à tes mousses infimes s'enorgueillit
Univers de rigueurs taisant sans appel l'irrépressible liberté
Paraphe incontesté où muse la mémoire perpétuelle  Aède
Tutélaire tu concèdes au solitaire un souffle exalté d'horizons
Comme l'agonie consacre indifféremment le deuil et l'oubli
Tes ciels empyrées empourprent l'aube  Quant aux vastes
Étendues réfringentes  le règne de l'impénitente lumière
Ces soleils enrochés et les volutes enflammées du couchant
Le gouffre de la nuit ondée inversant soudain l'ordre du jour
A sa guise et en un éclair sous le grain criblé de noirceur
S'épanche à tes flancs l'immanente légende et le mythe
Qui eussent sans frein ourdi la tragédie des croisées et des siècles
Des contrées en luttes ces forces qui en boucles chavirent
Et submergent sans compassion ni justice crimes et bontés
Ton verdict alors n'est qu'engeance signant dévastation et horreur

*



Mer aurais-tu été ainsi engendrée oscillant entre les pôles
De la prodigalité  et de la cruauté sous l'égide du hasard des marées
Et de la nécessité sans autres versant qui en eussent rappelé
Les craintes et les tourments l'immonde bête engloutie
Et pourtant que ne restes-tu le miroir fabuleux de l'enfance
Ces rives aux effluves sapides et évocatrices des jeux d'antan
Lorsque rêveurs émerveillables à souhait nous béions sereins
Aux lents vacillements de tes eaux par-delà la lagune le feston doré
Et la mangrove  Alors scande encore l'émoi des mondes
Qui pour nous aux lunaisons des Équinoxes aux Solstices
Abreuve indéfiniment les saisons de tes eaux virginales
Et que l'arc-en-ciel noue en ses arches  de perles féeriques

*

 

Comment te dépeindre et t'appréhender si ce n'est hélas
A travers le prisme passionnel ou vaniteux de l'aventure
A bord de l'exile ce royaume inaccessible où se suicider où rechuter
Ta miséricorde n'aurait alors d'égale que la mansuétude
De tous les cieux confondus de tous les saints voués  Ex-voto
Lorsque l'homme en ton sein se rend  implore et se réfugie
L'épargnerais-tu enfin pour y noyer l'amer chagrin Hagard
Ce moment vibrant ensemble au dernier soupir de l'extase
Avant que l'irrémédiable fortune de mer l'avarie fatale le destin
N'eussent en ton nom et par le Ciel jugé le téméraire et l'impie
En toute dernière instance devant l'éternel néantisant à outrance

*

 

Ne ramènes-tu pas de tes chairs mutiques et profondément immaculées
Le vaisseau fantôme de toutes les batailles déchirant l'azur quand se répand
L'errance souillée des règnes et leurs grandes marées de sang
Rompant aux mausolées des disparus vers les éceuils affolés d'écume
L'homme conquérant y proclame encore le sens perfide du naufrage
Des peuples et les tribus par trop sauvages passés par la raison des v-ampires
La chute humaine et invétérée court à la dérive flouant tes desseins
Vénérables et tutélaires  Un seul jour de Genèse aurait creusé
La Mer  levé un Continent Ô Séant de l'Eternel  Thétys  Pangée Empyrée Enfin une Larme
Que le Ciel affligé verse sur toutes les misères du monde 
Pourrait ôter l'incommensurable amertume de tes vastités recouvrées
Reflet du Ciel sur la Terre des hommes égarés des dominances
Sur la mer immense des inhumanités conquérantes et ingrates
Il est des empires sanglants et despotiques repus à tes dépens

*

 

Et pourtant que n'accoderais-tu de plus aux hommes à tes passagers
Sillonnant les étendues de la diversité jouissant de tes provendes
Si ce  n'est l'intelligence la connaissance qui les eussent à jamais rivés
Aux sibyllines alchimies de la vie et des renaissances au respect
Vertueux envers l'écrin  qui de la mer jusqu'au ciel fonde l'air du temps
Les douceurs et les froideurs de toutes les latitudes essentielles l'une à l'autre
Qu'ils fussent de la marine à voile oeuvrant à tes promesses
Le dominant et le conquérant avides de richesses hélas t'investirent
Les rois et les empereurs auront par ton entremise intronisé séides et suppôts
Entre les flots carmins et l'or noir  des vomissures des soutes infernales
L'atome pulvérisé envahissant les océans brisant les chaînons de l'étant
Il n'est plus de raison qui vaille mais le tocsin silencieux de la mer
Rendue aux terribles diktat de l'infamant et de l'opprobre au grand bleu

*

 

Comme toute chose en ce vieux monde qui va et ressuscite
Ne partagerais-tu pas l'essence et la souveraineté des déserts
Où le vivant en sa diversité éclot par miracle et sans tutelle
Ex-nihilo aux confins mystérieux du mirage et de la magie
Et lorsque seule la curiosité initie le rêve et les sens
Aux aguets de " l'infiniment grand de l'infiniment petit "
L'homme résolument opte et demeure cet enfant du monde
Il y apprendrait à honorer le ciel à l'aune de tes étendues
Cultiverait la Providence à portée de la main  qui eût fédéré tes richesses
Fraternité  et sérénité convoleraient aux noces de tes rivages
Festonnés  de paix afin d'accueillir  et d'honorer l'échange et la rencontre
Et les hôtes à travers toi panseraient les vieilles blessures de la terre
Réinventeraient le voyage et le temps comme l'on bée à la planisphère aux rythmes tribaux des ancêtres à la Terre des Racines
Les bateaux et les vaisseaux ne trancheraient plus le dauphin la baleine
La mer se couvrirait à nouveau des blancheurs éclatantes et hiémales
Des grandes harmonies d'une planète toute bleue comme une orange

*

*

*

 

En perpétuelle écriture et toujours recommencée, la Mer, le Royaune et l'Ex-Île  ...

MARIN 

 

Tent Aerial BSS I CC (3)

 

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