Et le silence de la mer devient champ aux sillons fertiles de l'Éternel... L' Éternel et son chant qui erre par le cri des baleines ; migration, plongeon, ode si vaste louant Océan depuis la nuit sans fond. Voici l' écho, l'orgue enivrant du temps qui leur restent fidèles ! Alors, au  souffle tutélaire de l'évent, l'âme des mondes remonte et puise à la source de l'Univers : le Ciel, l'Unique, Révélation,  Nuage de sable enveloppant l'Apnéiste vers nos paradigmes perdus, en boucles   ...  

Un Film merveilleux 

 

Le temps du Grand Bleu n'est pas révolu ! Il se dilate, se prolonge, se perpétue aux tremplins des fosses abyssales... Ici sous le manteau des mer, point de cordon ni de lien mais l'unique, l'ultime éclair de vie ! Ainsi, entre autre vérité, oser,  glaner peu à peu  ces brins d'éternité que la mer fabule à la lyre des poètes, entre lumière et obscurité, au seuil de la sagesse, à bord d'une folie : le corps et ses extases, au-delà des sens, qui voyage par les extrêmes de ses limites ; y en aurait-il vraiment ? Oui, peut-être : celles de  l'imaginaire gestuel qui eût accordé aussi aux sens ses rimes innombrables   ! 

L'apnéiste glisse et pénètre l'antre matriciel pour y évoluer librement, dépossédé des contingences terrestres. Entre la descente aux enfers, le paradis perdus, quelles marges ?... Puis, c'est l'ascension,  le retour à la vie, la délivrance ! voici quelques soupçons de régénérescence suggérée de la plus belle des manières. Un saut vertigineux, au-delà de l'obscur ! doit-on y voir, en révéler le sens ? Je ne pense pas ; mais la fenêtre est grande ouverte sur le printemps ! La chute n'est plus de mise ...

Une âme flotte, que l'éther diffuse, l'espace d'une pensée. Elle a revêtu cette forme de corps aux subtilités et aux élans oniriques des anges ; entre le culte des sirènes et l'évocation des elfes, l'eau comme le vent feint la légèreté du vol à la chevelure lissée, ose l'insaisissable  migration, au-delà des hauteurs, vers les abîmes, de l'autre côté du monde inconnu !

Un intervalle, une dimension, enfin :  labyrinthique ! où circonscrire la lisière de l'esprit, cet état d'antimatière où l'on consent à s'abandonner non à l'illusion, au plaisir mais à l'inexplicable offrande  de l'être à la mer, sans autre concession possible ! et il n'est pas anodin, que l'homme ainsi s'en remette à la durée, à l'évocation  sublimée du vide et du silence pour enfin cueillir un pan d'éternité, telle la  tranche d'un fruit éminemment céleste, une toile vierge où y apposer l'épure, un dessein ! Quelque chose que " l'eau-delà " lui accorderait, lui offrirait afin qu'il touchât de plus près aux rives de l'essentiel, ou, tout simplement, un songe esquissé à l'orée de la complètude rare valant indicible harmonie, voyage  intérieur comblé de nobles visions, le plus beau sans doute des pèlerinages  ...

Que dire du retour à la surface, gagnant à l'aide des bras l'aura lumineuse et circulaire nimbée de possibles, sans aucun doute par lequel s'égarer ! vue  probable ou anticipée d'une tombe dont on rejetterait, briserait toute enceinte afin qu'elle ne nous masquât plus jamais les clartés du ciel ! un sépulcre océanique, sidéral, enfin ... . L'homme s'en revenant des abysses, de sa chute, vers la surface, le Ciel, telle  une autre révélation, l'instant d'une nouvelle naissance, d'un hypothétique rappel  à l'unicité, avant qu'il ne devienne réalité, douceur de l'air, goulée salvatrice emplissant un corps non sursitaire mais empli des sucs et des sels  que la mer et la terre seuls sauraient lui consentir ... Et,  per-durer depuis les origines d'un temps qui soit  intact, si pur et si numineux !

S'en retourner de pareil périple n'aurait plus de prix si ce n'est l'unique témoignage, l'expression d'un ailleurs que le corps effleure  tandis que l'âme s'en empare pour s'en être un instant et à toujours imprégnée !