Je caresse la mer et j'écoute la lune
Le peuple des dauphins qui dansent dans l'été
Je dis le monde et les Andes se dissimulent
Parmi les arbres célestes de la contrée
D'ici, les isthmes, les golfes, les pôles brûlent
Et la nuit remue sans que la terre ait bougé.

Je dis le monde avant d'avoir à le nommer
Je connais ces chemins de bois et de bocage
Les bruits de la planète et les vents d'outre-large
Je dois mourir en eux pour les mieux situer
Je sais ce qui me lie à l'âme des glaciers
Et ce que peuvent mes prunelles sous l'outrage.

Je dis le monde avec amour et je m'y cache
Ah ! j'aurais tant voulu ne jamais exister
Ne pas avoir ce poids de terre sous mes pieds
Ces arbres dans le ciel jusqu'à l'éternité
Comme des parchemins couturés de crevasses.

J'habite ici dans un domaine de fougère
Que les poulains feuillus défoncent du sabot
Je pourrais y battre monnaie de cuivre clair
A l'effigie d'un dieu mort à notre niveau
Mais je passe mes jours à changer de misère
Soumis à l'angélus de la rainette d'eau.

Les ténèbres du corps peuvent bien répondre
Mon âme en mouvement leur échappe d'emblée
Les arbres du ponant s'éloignent de ce monde
La lune les transforme en autant de voiliers.

Je redonne à la mer amour et gravité
Et la terre que j'aime est plus rude que ronde.

 

JEAN-CLAUDE RENARD

 

 

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