LAMENTO POUR MAGUELONE  

 

Mer, ô seule par le monde

Sous les ailes d'un goéland ! 

On t'a volé ta roche de lys.

On t'a pris ta rose de sel.

 

Magelone se souvient

Qu'elle fut île sur la mer ; 

Maguelone d'autrefois

Dans le soleil des Croisées

Tourne le dos à la terre ; 

Dur rempart de solitude, 

Toujours elle contemple l'eau verte, 

L'eau, vertige éternel, 

Où le soleil s'est noyé.

 

Maguelone, veuve blanche, 

Maguelone, mon Goéland, 

La vague qui lèche tes hanches

Pleure une nuit de mille ans.

Du sommet de tes remparts

Veillaient cent cavaliers, 

La main d'ombre sur la face, 

Les yeux perdus dans la mer.

 

Maguelone, éternelle veille, 

Face à l'étoile du matin ; 

Hélas ! Maguelone qui rêve

A la solitude de la mer ; 

Maguelone ensevelie

Dans le sel du vent amer.

Vent, ô vent, mouette blanche, 

Vent, ô vent, rire d'oiseau, 

Rends-la moi, la voile blanche, 

Que tu effeuillas sous le ciel.

 

Maguelone, Maguelone

Qui pourra te réveiller

Quand mille ans trop tu dormis, 

Reine d'un bois enchanté ? 

Doux murmure de ta pinède, 

L'oiseau te prend l'anneau clair ; 

Sommeil d'enchanteur, fleur d'asphodèle, 

L'oiseau danse sur la mer ; Sautent, au rythme de ses ailes 

Les vagues du songe amer.

 

Maguelone de mes rêves

Attends, que tu attendras.

O ma reine endormie, 

Sous la dalle ensevelie, 

Brille, en espoir, l'anneau d'or, 

Cependant que sur l'eau morte

Rode le soleil des morts.

 

Max ROUQUETTE 

Poète Occitan 

Le Tourment de la Licorne 

Édition Sud Poésie

 

 

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