Ils demeurent, impassibles, vigies intemporelles, veilleurs mutiques à l'étale de la nuit traçant, providentiel, le corridor amène pour les bateaux. Ils scintillent encore par les ombres tumultueuses des coups de temps. Les robots ont relégué le " supplément d'âme " qui, des décennies durant, réchauffait le faisceau du regard de la nuit et des grains sombres ;  céleste aura, apaisante lueur au coeur immense, aux confins des raz et des baies ...

Mais plus encore, par ces jours qui fusent, aiguillant l'ordre d'une époque redoutable, revêtus de voiles fantômaux, par les  ailes de la tempête et le courroux des mers blessées, ces étoiles nous rappellent combien la mer reste  fragile, avec ses alliés, les vents, l'air, les éléments criblés de profondes et  lourdes souillures.

Antre des Lares et des Pénates, les dieux antiques resurgissent, et avec eux, le peuple de la Mer et ses sentinelles : les Phares, vestiges du respect de la vie, sans exclusive aucune, par toutes les mers du globe, compagnons fidèles de la route, du futur, gardiens d'une histoire et du rivage que l'on aurait souhaités sans fin, révélant par les voiles, les ailes blanches  des vents  les splendeurs d'un ciel à portée d'étrave et de la main, illuminant les  palpitations des étendues en leurs souveraines iridescences. Ô souvenances  iroises !...

!

 

 

 LES MAÎTRES DE PHARE 

 

Par les augures orangés
Du levant Par les pourpres
Les sanguines du soleil
Plongeant la mer
Dans la nuit des étoiles
Un peu plus près du ciel
Par-delà tous les horizons
La rotondité de la terre
Et les plus hautes vagues
Ils habitaient aveugles
L'exil au royaume du sursis
Livré aux jeux impitoyables
Des lames Aux larmes des vents
Ils craignaient le charroi
Perpétuel de l'inconnu
Naissant d'un gouffre
Sans appel et tonnant
Au seuil de la liberté
L'immensité en-durée
Cruel paradoxe rude dualité
Que la réclusion et l'envol
Par-delà l'empyrée
Le firmament convolant
Aux noces d'Océan

 

§ 

 

 

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FANTÔMES SUR LA MER

 

Une tour si occluse tant recluse
D'où jaillit l'ombre
La lumière de l'amer
Le dernier mot de la terre
A la mère
Sur le départ
Un Phare
Ultime regard
Pour dire Solitude
Revêtir alors l'essence
D'un Océan de vérité
La silhouette hagarde
Entre absence et tourment
L'homme jadis y vouait
Un sommet de bonté
Un culte au devoir
A la vie à l'amitié
Immensément don
Éperdument bon
Pour l'âme à la mer


Ô tempêtes des lames
Terribles martelant
Le socle d'une lueur
Rivé aux abîmes
Par les fers enrochés
L'ancrage édifiant
Des laborieuses trames
Tissaient chaque penser
De la longue veille  aux lointains 


Maître de phare
Que n'étais-tu pas
Sacerdoce fidèle
Apostolat vaincu et soumis 
A tous les silences
Tu te livrais corps et âme
Aux dérives d'un temps
Que la lune et les étoiles
Signaient sans fin
Déroutant
Aussi le chemin de ronde
Une vire exclusive
Au fil ondé des jours


Alors par le sort
Semblable au bateau ivre
Emporté dans la nuit
Abandonnée à l'ouragan
Sans plus de lien
Survivait la vigie la tour
Infernale et figée
De l'ex-île lugubre
Aux coups sourds
De L'océan  Un phare
Une colonne  Cyclope
De pierre brandissant
Toutes les fois le spectre
Du vide et de l'errance


L' interminable attente
L'angoisse sidérale
Où veille et sommeil
Inlassablement s'affrontaient
Chutaient et se relèvaient
De l'ombre scandée
Des pesantes marches
S'épiaient afin de combattre
Les contrées de l'obscur
Et des horizons infinis


Destin ou dictamen
Faisceau vital
Délivrance
Ainsi de la providence
Une lentille précieuse
Prunelle heureuse
Scrutant les vastités
Où les crocs du roc
Rivaux du hasard
Heurtent de plein fouet
La nécessité
En leur fatale dispersion


Cruels et patients
Les jours sapaient
L'ardeur au labeur
A contre courant
Entre flot et jusant
Avec leurs lots cyniques
D'immortelles habitudes
Qui eussent naufragé
L'instant et l'éternité


Voici les sentinelles
De la mer trahissant les brisants
Les feux d'antan
Qui jetaient aux rivages
Les valeureux marins
J'entends des guérets ondoyés
De la nuit sans fonds
Monter le chant des matelots
Et des gabiers La vigie
Héler l'équipage à la lueur
De la nuit et de l'espoir
Louangeant sans bruit
Le silence lumineux de l'amer
La veille prodigue
Du gardien du maître de Phare
Désormais  occultations 
Éclats  et feux follets


Inextinguible mémoire
Des Océans et des abysses
Des trépassés de l'azur
Aux linceuls d'écume
Blanchissant à jamais
L'apôtre et son étoile
Là-bas au coeur des flots
Et des écueils là-bas
Aux confins de toutes les terres
Dénudées et sans d'autre vie
Que l'esquisse ailée
Du dernier voyage

 

MARIN - En pensées au bord de la mer -  en mémoire des Gardiens de Phare, de J.P. ABRAHAM, pour son recueil unique : ARMEN - 1 ère Ecriture /  Un jour, une nuit, par la Tempête et ses grains qui rugissaient, qui rivalisaient d'ineffables et cruelles splendeurs  ...

§ 

 

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