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SOUS LE VENT DES ÎLES, L'ONDE EST VIERGE / FASCINATION 

 

Les flèches des nuages guidaient son cap, la route sur le fond ; il réglait son allure sous la bonne amure qui lui accorda le doux balancement de l'onde. Le temps était au renouveau des senteurs  et des guêrets inondant la mer et l'azur, là-bas, sous le vent, vers ces mots d' îles égrenant l'archipel des pensées qui vous convie à  l'âge des  songes !...

Une eau céruléenne, quelques prairies tavelées d'ombres et de luminances sous-marines éclosent. La terre est déjà si loin ! la houle avance et les vagues des
hauts-fonds écument en éployant leurs épais rouleaux de mousse odorante ; l'oiseau curieux virevolte puis plane en essaims au-dessus de nous ; il joue avec la lumière du jour et le flot.

Là-bas, sous le vent, l'ombre  d'un voilier traverse le regard tamisé de mon aile. Silence, euphonie, accord, que n'est-il d'autre !... La longue distance ne démérite pas
quand elle offre par ses thébaïdes le soin de se ressourcer, d'assagir  l'illusion d'être et de passer ! Alentours, le dédale des îles où les vents des dieux Eole et Neptune orchestrent toujours leur rugissement, tonnent depuis les grottes, les
cavernes et les écueils du vide ... La mer est d'encre, la roche dorée et l'eau, de gemmes azurés, emportée par les douceurs d'un Aquilon estival, si rare.
Invitations au voyage, dérade, je ne sais pas, je ne cherche plus. J'observe tout autour les harmonieuses compositions d'un temps que la
modernité oublie et blesse sans fin, sans limite ni mesure !
Certes, il est dans une petite poche quelques artifices qui m'eussent été utiles en cas de fortune de mer ... Gageures ! rien, sur la mer, ne prévaut
aux injonctions des flots, des vents, des sens  tout simplement parvenu aux termes de l'extrême usure ...
Les puffins vont ici par couples entonner ensemble l'hymne à l'amour, visiter l'antre  des vents aux métamorphoses, aux visages qui
passent et s'impreignent de beautés...
Une âme à la mer glisse, fuse et dévale les abrupts, les pans fuyants de l'instant ; et chaque vague l'enserre, délinéant et fondant l'instant, entre
ce qui sera et déjà n'était que l'ombre d'elle-même ou tout simplement désir !
Que dire, quoi penser, si ce n'est par l'entremise féconde de l'imaginaire, ébauchant , là sous nos yeux, l'épure d'une seule communion, le sein
même de la mer perdue qui vous aurait rejeté aux rivages de la désolation et des rudes coups de temps.
Longue distance, que n'es-tu pas assez tendre et compatissante ! délivre-lui le pouvoir de perdurer, au-delà de la nuit sans fond,
du trait redouté des côtes submergées, de la civilisation de toutes les insanes destructions et de tous les rapts ineptes des tyrans, des bourreaux !
Si longues distances qui auront ainsi abrité tant de marins et de soldats, périssant au coeur même des combats injustes et insignifiants aux yeux et
en l'esprit même de la Terre-Mère, toutes les fois trahie, car là n'étaient point ses desseins !
Et les îles allégées flottent de rivages en détroits, vaisseaux comme aux temps d'Eolie,  emmenée par les outres pleines de brises et de vents délivrés, comme
soulevées par l'appel majestueux et éthéré des oiseaux marins, au-dessus, louant et chantant leurs terres de provendes, leurs souveraines
dérives.
Alors, à bord de la longue traversée que le songe accorde, par-delà les limites de la terre, percevoir ou cueillir quelques soupçons de cosmos,
un ultime accord au point de rencontre tutélaire où l'animé n'aurait plus qu'un unique visage, le premier regard  rayonnant d'éternité !

Par la croisée de ces deux mains, virer, tenir le sort à l'écoute du retour à la vie : s'en aller ou  s'en retourner, hélas ! aux royaumes des ombres qui n'auront jamais été pour le pèlerin ce à quoi l'on pense, usuellement, surtout en mer  !

 

MARIN

-  Passage Hagard - Au long cours des distances réalisées autour d'une Île, en regagnant la tempête, le mouvement des astres, le vol furtif des Dauphins glissant sous la carène ...

 

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