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UN BRIN DE PROSE ENFANTINE 

 

Enfant, je béais aux moutons qui dansaient sur la mer. Au bord de l'eau, nous nous  suivions ; je les perdais aussitôt de vue. Les accompagner et les observer
m'amusait. Ils semblaient se cacher en gambadant comme à travers champs ; et je me confondais en maintes fables !... Il y a aussi des moutons dans le ciel qui se rassemblent, fidèles augures, avant que les vents ne se lèvent ... Mais on les aurait depuis fort longtemps oubliés !
Et les images  pluvieuses du Pays Basque que nous visitions une année comblent ma souvenance, à travers ces longues vacances d'été passées entre mer et montagne. Mais seules les vagues d'une houle
lointaine battaient alors lourdement  les immenses rivages de dunes, à l'orée de la  lande, sans qu'aucun mouton ne sillonnât les horizons gris. Les moutons
sur la mer m'ont toujours attiré. J'aime cette métaphore emplie de profonde liberté, d'immensité, de l'incessant mouvement des étendues qui vacillent,
synonyme de vie et de mystère tout autour de la terre. Parmi eux, l'imaginaire se prête à tous les délires. Ainsi les prairies de l'océan auréolant
de petites planètes : les îles !... Et tous les moutons blancs, étincellent comme des étoiles dans la nuit abyssale, en plein jour, gravitent et convolent autour des
terres ceintes, au sacre des vents et de la lumière.
A bord de ces longues années de marin, je demeure, toujours fasciné par les multitudes en harmonie avec l'azur ; innombrables et tout
autant étonnantes, toujours insensées, au-delà l'infini ; aucune lassitude n'en émane, la monotonie s'efface, la solitude s'anime au coeur du plus
grand des troupeaux qu'il nous aurait été donné de découvrir. Sans doute, assister à l'allégeance souveraine des plus simples choses  
concourant aux seules fin lumineuses de l'océan, du plus vaste des déserts et suscite fascination, envoûtement, irrépressible attrait

...

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De ce jour si lointain et de violent Libecciu, ( Suroît ), par les ciels éminemment safres, je me souviens. Il me plaît d'en  relater la traversée parmi les
moutons, d' évoquer les craintes de  la longue distance réalisée autour d'une thébaïde depuis fort longtemps solitaire, au pied de son vieux phare que le long hiver abandonne aux embruns ; les moutons n'ont dès lors plus de taille
pour le marin  qui muse sur les rives de ses  jeunes années ; ils s'en reviennent toujours lécher le sable, cerner les châteaux de nos légendes qui s'écroulent, inéxorablement ...
Avec  le temps, j'appris que les moutons pouvaient aussi devenir féroces et impitoyables, emmenés et soulevés par les vents déchaînés.
Il me fallait alors composer, tracer une route plus sûre pour me livrer librement au coeur d'une sidérale arène. Et j'allais par les
myriades euphoniques côtoyer de  petits nuages renouant avec les  pensées ouatinées de mes souvenirs, oser l'univers des moutons bercés par les hautes 
vagues. Ils me confiaient les secrets de la mer, se jetant à l'assaut des tombants métamorphiques et de l'horizon. Ils blanchissaient,  sous le vent des îles,  
les vastités de l'azur, soulignant les desseins du passé, de l'autre côté du monde des cavernes toujours plus nombreuses... Nous coudoyions les mythes ! Les moutons accourraient,
disparaissaient, renaissaient, se chevauchaient éclairés par la luminance des fonds de schiste vert jaspés  de serpentine ! Jamais pareille offrande
ne me fût accordée en ces lieux de recueillement et de mémoire que le vide, le vertige au-dessus des flots orchestrent depuis la nuit des temps, l'aventure humaine !
La mer, immensément bleue, fumait, encensait l'Ether, les ciels empyrées. Candeur, lumières intenses et si rudes, hiémales. Les moutons  consacraient, sous
mes yeux qui ne pouvaient tous les contenir, l'ode au temps immuable, au recommencement, à la pérennité ... Inimitables fresques. Il n'auront été jamais dressés pour
suivre quelques  suivants, être suivis !... Un seul mouton manquât et le parvis azuré des îles eût été en deuil !

Ainsi de la rose, de ses épines que l'on cueille, du
mouton que l'on dessine, enfermé dans une boîte, enclos dans le champ, sursitaire !... ( Paraphrase, empruntée à A. de ST-Exupery, le petit Prince ). Ce jour-là, je devins très vieux ; il me sembla voir et comprendre les choses à la façon du
petit Prince ! Je me posai quelques questions essentielles auxquelles je ne répondis jamais !
Serait-ce ainsi que l'on meurt  parmi les moutons, sans amertume, candide et recueilli, en silence.

Les multitudes,  la mémoire du vent, s'en vont et  s'en reviennent de l'Eau-Delà ?
Je sais la mer des moutons terrible et aveugle, si haute et si creuse à la fois ! mais je sais ces prairies de moutons merveilleuses et envoûtantes, qui ondoient  
comme un ciel ouvert sur l'après, l'ailleurs, l'éternité !

Toutes les fois cantique, plain - chant,  aux accords de dune  et de sable rougeoyant vers le couchant.
Entre la vie et la mort, croise la beauté, les hideurs des moutons, " bave " d'écume  de la tempête et des ouragans, de la furie des éléments...

Si près de " frère Soleil " qui  luit pour tous, le grand Tout, je fus si souvent de ces longues distances aventureuses et solitaires

...

MARIN 

1 ère Écriture depuis le grand erg  des Moutons

2 ème Écriture  25.05.2015

3 ème Ecriture le 02.11.2019 

En Cours

 

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