TRI YANN  

DÉCOUVREZ CE TEMOIGNAGE D'AR-MEN

avec Jean-Pierre ABRAHAM, Ecrivain de la Mer, Gradien de Phare à l'âge de 20 ans !

 

" En venant ici, pourtant j'espérais quitter à jamais le versant dérisoire de l'attente. Cette façon de tendre l'oreille et de retenir son souffle : l'essentiel de ma vie depuis tant d'années (...) Je pensais qu'au phare l'attente prendrait une autre forme. Si quelque chose doit surgir, ce ne peut être que du fond de moi. Et voilà que je guette encore, comme si on allait frapper à la porte. Au fond, rien ne bouge. Il ne se passera rien.

Jean-Pierre ABRAHAM

AR-MEN

(p.20)

 



 

A LA LECTURE D'AR-MEN

 

Phare la nuit
Fards éteints
De la pierre rouille
Le jour vieillie
Fragments de vie dressés sur le rocher
Au plus haut
Des saints éclats du Ciel
Ses occultations
Pour révérences à la vie
Ainsi se recueille
L'alme sanctuaire 
Qu'aile la  blancheur
De toutes les solitudes
Où le maître de phare
Jadis se livrait au tumulte
De l'obscure Chaussée de Sein
Abandonné des hommes

Mais une âme
A la mer
Veille

Frayeurs dans la nuit
Et le jour qui vacille
Au vent des lourdes lames
La tour s'ébranle
Le gardien est au quart
Perpétuel
A la ronde incontournable
Sur la vire
Fatale
Le sommeil
Déraisonne
Craint de céder
Aux rappels sourds
De l'Océan
Et quand vient le doute
A l'approche du vertige
Est-ce le jour
La nuit
Aux heures figées
De l'angoisse
Et du vide

Une lanterne oscille
Un faisceau
Assure la voie
La voix du silence
Que croisent
Deux regards entendus
En colimaçon
Emportant si loin
La réclusion et le don
Et quand l'immensité les dispute
A l'abandon à l'attente
Quelques mots d'amour
Sur la mer fantomale
Naufragent
Le verdict frontal
Reflue au-delà
Des neuf vagues
 Uniques  ultimes mises
Fidélité et Vérité
Dès lors s'énoncent et se déclinent avec Dante

A deux
Aux confins du possible
Souvent sans raison
Voyageant au bout de l'enfer
Des eaux coudoyant les Furies
Vers les os de la terre
Que les vagues achèvent de rompre
Leur traversée
Signait à l'ancre
D'un mot enroché 
Phare la pierre
Ar-Men
Où l'éternité é-mouvante
Se s'élance  et se fige
L'amour s'y ressource
Toujours
Qui vainc l'absence
La grande solitude virée
Par les grands espaces
De libertés

Encore plus déliée demeure la pensée ceinte 
Infinités passées
Par les multitudes
Intarissable métamorphose
De l'azur
Plain chant
Envol
Quelques souvenirs
De joie
Iront soulager
Et peupler l'amer
Jusqu'au bout de la nuit
A la mémoire
Des Trépassés et des cénotaphes de la baie

Une lueur
Ô nuit obscure
Des grains
Lancinante
Cette lentille
Deux vigies
Guident les marins
Au-delà des hommes
Si près de la vie
Providentielle lumière
Avant tout
Posée sur l'écueil
Où  engage
Le verdict
De la mer viride 
Cruelle et belle
A la foi
Du néant   Du passé

§

MARIN

2 ème Ecriture le 25.10.2015

- aux vies, au destin des bâtisseurs de Phares, aux maîtres de phare dans la nuit des hommes, sans autre foi que celle de veiller sur la vie 

!

 

 

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Photo Philip PLISSON